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Les Mitchell contre les machines : une ode déjantée au 7ème Art

Par Lucie Remer

Initialement connu sous le nom « Les Déconnectés », "Les Mitchell contre les machines" aurait dû voir le jour sur grand écran en janvier 2020. Pur produit du studio Sony, ce film d’animation complètement barré est disponible sur la plateforme Netflix, après une sortie limitée en salle.

Des explosions en cascades, une bataille de rayons laser, une vieille bagnole poussiéreuse et un Furby géant. Le nouveau road movie apocalyptique proposé par Sony Picture Animation ferait presque rougir d’envie "Mad Max". Après l’obtention de l’Oscar 2019 du meilleur film d’animation pour "Spiderman New Generation", la maison de production confirme son talent et s’installe un peu plus dans la cour des grands.

L’intrigue du film se présente comme conventionnelle, volontairement simple, voire enfantine : des robots ultra-perfectionnés se rebellent et décident d’éradiquer l’humanité. Les Mitchell, une famille dysfonctionnelle sont les seuls capables de mettre un terme à la menace. En trente minutes, les enjeux sont posés. L’issue de l’aventure fait peu de doutes. Pourtant, en dépit de ce pitch a priori parodique, ce premier long-métrage de Mike Rianda, réalisé en collaboration avec Jeff Rowe, déborde de richesses et dispose de plusieurs niveaux de lecture.


Vif et coloré
L’épopée des Mitchell surprend par son incroyable dynamisme. Le film est une succession de péripéties rocambolesques à travers lesquelles scènes d’action, instants comiques et moments intimes sont dosés avec un juste équilibre. Chaque membre de cette petite famille est un concentré de maladresse dont la qualité première semble être de se fourrer dans des situations invraisemblables. Katie, l’héroïne, est une jeune geek marginale débordant d’imagination. Le père, Rick, est un amoureux de la nature allergique aux technologie tandis que la mère, Linda, enseignante ultrapositive, est une accro des réseaux sociaux. Aaron, petit frère timide passionné de dinosaures, est constamment fiché avec la mascotte du film : Monchi, un carlin joufflu et strabique. Caricaturaux en apparence, ces personnages incarnent chacun à leur manière des degrés d’humanité, progressivement dévoilés au fil du récit.

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La famille Mitchell - Copyright Netflix
La famille est le cœur, l’ossature et la thématique centrale de l’œuvre. La guerre contre les machines, la sauvegarde de l’humanité et la critique grotesque de la dépendance aux machines sont reléguées au second plan. Le film met en avant les rapports familiaux, le passage à l’âge adulte et l’émancipation. Le road trip héroïque prend des allures de voyage initiatique abordant successivement des questions universelles, mais néanmoins complexes. C’est un père qui ne voit pas que sa fille a grandi. C’est une jeune femme bouillonnante de liberté en quête d’identité. C’est la recherche de cet autre que l’on ne comprend pas, mais que l’on aime malgré de tout. Les Mitchell sont un éloge à la famille bourrée de tendresse.


Freak
Les productions du studio d’animation Sony portent au pinacle la bizarrerie et l’excentricité. Ce film ne fait pas exception à la règle. Pour sauver le monde, Katie doit se sauver elle-même, c’est-à-dire réapprendre à être une Mitchell. Une ode à l’anormalité et à la diversité. Dotée d’une esthétique sublime, mélangeant aussi bien l’animation 2D, 3D que des plans de vue réels, cette œuvre est également un éloge au septième art. Jeune cinéphile, future étudiante en cinéma, la jeune Katie incarne, à elle seule, cette déclaration d’amour à la discipline des frères Lumière. Entrecoupé de séquences de courts-métrages, réalisés par la jeune femme, le film impose une mise en abîme. Armée de son caméscope, Katie met en scène le road trip des Mitchell.

Céline Sciamma, "Kill Bill", la culture internet, les memes ou encore la langue de YouTube. On ne compte plus les clins d’œil fait à la pop culture. Véritable mashup visuel, ce film est un chaos débordant de créativité nourrie par d’innombrables références que l’on ne cesse de découvrir. S’il ne révolutionne pas le genre, "Les Mitchell contre les machines" est à la fois réussi et divertissant. Sans sombrer dans la mièvrerie, on y célèbre la famille, l’excentricité et le cinéma, cela ponctués d’une irrésistible pointe d’humour qui ne laissera personne indifférent.


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