Netflix

L’étau de Munich : Entre fiction et réalité

Par Sophie Chomel

 

Après "Je suis Karl", Christophe Shcwochow et Jannis Niewohner se retrouvent à nouveau au sein d’une même équipe pour le film "L’Etau de Munich" (disponible sur Netflix depuis le 21 janvier). Avec un traitement qui se veut plus ou moins historique, "L’Etau de Munich" est adapté du roman de Robert Harris, retraçant alors les prémices d’un des plus grands conflits mondiaux.

Pour bien comprendre la situation historique et les enjeux politiques du film, il est important d’en rappeler quelques éléments. Le film se positionne dans un contexte propice à l'éclatement de ce qui sera la Seconde Guerre mondiale. En l'occurrence, la toute fin des années 30 marquée par l'ascension brutale des régimes totalitaires et l'arrivée au pouvoir, en Allemagne, du parti Nazi...

Un contexte majeur

L’Allemagne souhaite amputer les territoires à l’Est et son intérêt, après l’annexion de l’Autriche, se porte sur la Tchécoslovaquie, qui ne peut faire le poids en raison de sa petite armée. La France garantit une aide. L’Union soviétique également. Mais le Royaume-Uni, porté par le Premier Ministre Chamberlain, préfère discuter directement avec le Chancelier Hitler.

La France et la Grande Bretagne ont pour projet commun la réduction de l’Allemagne qui projette de s’étendre sur les états frontaliers. Bien que les démocraties occidentales prétendent être en accord avec l’Allemagne, il s’agit d’une stratégie pour obtenir une paix durable. D’un autre côté, elles tentent un accord avec l’URSS pour faire face à l’Allemagne en cas de nouveau conflit.

netflix-etau-de-munich1
Liv Lisa Fries (au centre), Jannis Niewöhner (à gauche) et George MacKay - Copyright Frederic Batier / Netflix

La Conférence de Munich, qui réunit la France, l’Angleterre, l’Allemagne et l’Italie, s'ouvre en septembre 1938. C’est donc sur cet événement politique et historique que se concentre le film en question.

Un nouveau point de vue sur la conférence de Munich ?

"L’Etau de Munich", bien qu’il soit un drame historique, ou bien un film d’espionnage, offre à son spectateur une toute nouvelle version d’une partie des événements constitutifs du second conflit mondial. Bien que de grandes figures historiques soient présentes, l’intrigue s’ouvre en priorité sur deux amis, devenus des pions d’une scène diplomatique historique.

Hugh et Jack se rencontrent en 1932 à Oxford au moment de la « Nouvelle Allemagne » et de « Génération Folle » en reprenant les mots de la séquence introductive. Une ellipse de 6 années nous permet de comprendre rapidement le rôle des deux personnages. L’un est devenu le secrétaire privé de Neville Chamberlain (après avoir été fonctionnaire au Ministère des Affaires Etrangères). L’autre est un traducteur, mais aussi un résistant au gouvernement allemand. Chacun est employé dans le camp adverse. Ils deviennent, au fil du film, des messagers des dirigeants et œuvrent secrètement sur la scène politique.

netflix-etau-munich
Jeremy Irons -Copyright Frederic Batier / Netflix

C’est une prise de conscience de la part du spectateur, qui a souvent tendance à ne retirer que des faits majeurs du conflit. ""L’Etau de Munich" permet de prendre connaissance des acteurs minoritaires présents au sein des gouvernements des démocraties occidentales. Mais, pour les connaisseurs, ce traitement historique demeure insuffisant et peu convaincant. Spécifiquement, la description du personnage de Neville Chamberlain (et son interprétation par Jeremy Irons). Elle apparaît très différente de la réelle personnalité du Premier ministre britannique.

Un film apathique ?

Malgré une approche plus ou moins correcte de la Conférence de Munich, "L’Etau de Munich" repose essentiellement sur les dialogues entre les divers personnages. Voilà qui apparaît compréhensible puisque l’action est avant tout verbale. Cependant, les acteurs ne semblent pas totalement impliqués dans leurs rôles. La dynamique du film vient alors à manquer. Cette platitude peut facilement faire décrocher le spectateur.

Qui plus est, l’émotion n’est pas toujours au rende-vous. Notamment lors de scènes de retrouvailles ou d’adieu des protagonistes. La musique n’est pas vraiment marquante non plus. Elle échoue dans l’accompagnement de certaines scènes. Ce manque de réactivité émotionnelle est amplifié par le choix d’une photographie quelque peu terne et sombre et rembrunie. Même si on peut admettre qu'elle est là pour rappeler la difficulté de la situation et les responsabilités que portent les protagonistes.

En définitive, "L’Etau de Munich" est intéressant avant tout afin de mieux comprendre les enjeux de la Conférence de Munich. Pourtant, il peine à être marquant du fait d'un traitement parfois trop simpliste et d'un manque de force de conviction de ses acteurs.

>
Tous nos contenus sur "L'Étau de Munich"

Toutes les critiques de "Sophie Chomel"

ça peut vous interesser

Euphoria : Les extrêmes d’une jeunesse

Rédaction

The Batman : Le coté obscur de Gotham

Rédaction

Murder Party : Cluedo sur grand écran

Rédaction