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Mank : Hommage et critique d’un Hollywood d’antan

Par Théodore Azouze


Après six ans d’absence, le réalisateur David Fincher est de retour ! À la fois hommage et critique d’un Hollywood d’antan virevoltant, son dernier film, "Mank", met en scène Gary Oldman dans la peau du talentueux, mais mal-aimé scénariste de "Citizen Kane".

Un film hommage à l’âge d’or d’Hollywood et au cinéma qui sort… sur Netflix. Dans un contexte de pandémie et d’une certaine frilosité actuelle des studios américains pour investir dans des projets atypiques, le nouveau long-métrage du pourtant réputé David Fincher, "Mank", est donc disponible depuis le 4 décembre sur la plateforme de SVOD.

Un comble, il est vrai, pour cette nouvelle production qui met justement en avant l’esprit hollywoodien d’autrefois, à l’âge du d’or des grandes firmes cinématographiques des années 30/40. "Mank" se veut en effet un formidable miroir de cette époque, racontée par le biais de la vie méconnue de son héros éponyme, Herman Mankiewicz. Scénariste brillant, mais aux vices multiples, il est à l’origine du script du légendaire film "Citizen Kane", réalisé par Orson Welles en 1941. C’est autour de l’écriture de ce scénario, mais surtout des répercussions qu’il pouvait provoquer sur la petite société mondaine décideuse à Hollywood, que Fincher va décider de s’intéresser.

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Gary Oldman - Copyright Netflix
La nostalgie du passé hollywoodien

Ce biopic est avant tout l’occasion pour David Fincher de crier son amour au cinéma et aux différents acteurs de l’industrie. Le premier acte de "Mank" plonge le spectateur dans l’effervescence et la magie hollywoodienne de ses années les plus fastes. Des productions de films incessantes, le rêve d’une gloire qui semble à portée de main et surtout, le sentiment d’un bouillonnement culturel incomparable aux ères qui suivirent.

Une beauté retranscrite grâce à la souplesse tranquille de Fincher derrière la caméra, qui, fort de sa « carte blanche » laissée par Netflix pour réaliser le film, fait transpirer la vivacité de ce Los Angeles des années 30. Par ses travellings ébouriffants et quelques cadrages osés, il transpose l’audace cinématographique de l’époque à travers les diverses pérégrinations de "Mank". Sans oublier une photographie soignée (quel noir et blanc !) et une musique qui apporte de la profondeur au récit.

Mank, antihéros et antisystème

Le film tient aussi beaucoup à la performance magistrale de Gary Oldman, qui peut légitimement prétendre à un nouvel Oscar du meilleur acteur, après celui reçu en 2018 pour avoir joué Churchill dans "Les Heures Sombres". D’une finesse absolue, il fait éclore la fragilité qui émane de Mank derrière l’irrévérence de son personnage.

Alcoolique notoire, le scénariste est qualifié de « clown de service » à plusieurs reprises durant le film. Il apparaît par ailleurs comme infirme la majeure partie du temps à l’écran, renforçant cette image parfois grossière qu’il peut renvoyer. Mais Fincher va justement jouer avec les limites de la familiarité de son personnage pour mieux dénoncer ce qu’il abhorre du monde du cinéma à l’époque. C’est ici que le film joue de ressorts ambivalents : Mank reconnaît à la fois les ambitions qui ont fait le succès hollywoodien d’alors, mais rejette la manière dont cette réussite a été construite.

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Amanda Seyfried - Copyright Netflix
Une vision populaire du cinéma

Le personnage de Mank va en effet avoir affaire tout au long de sa vie à des producteurs de films véreux. Leur capacité de décision dépasse largement le monde du cinéma. La seconde moitié du film est justement consacrée à la lutte qui va opposer Mank et cette vision élitiste de la société. Une conception du monde incarnée par les personnages de William Hearst, Louis Mayer et Irving Thalberg, trois riches et chics hommes d’affaires, trempant aussi bien dans le business hollywoodien que dans les magouilles politiques. Dans une des scènes finales, Fincher parviendra ainsi à montrer combien Mank vomissait — à tous les sens du terme — cette société mondaine, capable d’influencer une élection grâce à leur pouvoir financier.

Mank apparaît donc perpétuellement comme un personnage à contre-courant de l’univers où il évolue, s’émouvant plus facilement du sort des petites mains de l’industrie du cinéma qui l’entouraient que des calculs politiques néfastes pour l’image des millionnaires qui l’employaient. Jusqu’à sa relation conflictuelle avec Orson Welles, que Fincher a décrit dans le magazine "Première " comme « un mélange entre un talent monumental et une immaturité crasse. » Le célèbre réalisateur représente lui aussi dans le film une autre forme de mépris, plus intellectuel, que Mank exécrait.

Finalement, ce "Mank" de David Fincher a tout d’un pari réussi, oscillant entre la nostalgie contenue d’un passé hollywoodien révolu et la dénonciation des tares de ce même passé à travers la trajectoire personnelle d’un antihéros unique en son genre. Le tout servi par une mise en scène admirable, qui ravira les fans des films de la première moitié du XXème siècle, époque dont Fincher a distillé quelques références visuelles ici et là pour satisfaire les plus cinéphiles.

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