25 janvier 2022
Netflix

Meurtrie : Halle Berry nous met presque K.O

Par Clara Lefèvre-Manond


Halle Berry fait ses débuts derrière la caméra avec "Bruised" ("Meurtrie" en français), sorti le 24 novembre dernier sur Netflix. Drame social dans le milieu sportif, le long-métrage se concentre sur la renaissance d’une combattante de MMA de haut niveau. Mais arrive t-il à se démarquer des autres productions du genre ?

Si le film met en avant Jackie Justice et sa renaissance dans le milieu sportif, c’est aussi une renaissance pour la réalisatrice : Halle Berry qui avait quelque peu disparu des écrans depuis ces dernières années hormis ses participations à des films tels que "Kingsman : Le cercle d'or" et "John Wick Parabellum".

Le retour du phénix à l’écran comme dans la vie

Sculpturale et idolâtrée dans les années 1990-2000, Halle Berry a inévitablement échoué dans les limbes de l’indifférence. Non pas uniquement à cause de "Catwoman" et son échec cuisant, car c’est le funeste sort des actrices hollywoodiennes à l’aube de la cinquantaine. Toutefois, comme à l’écran, Berry est une combattante. Elle remonte sur le ring à 55 ans, dans un rôle qui lui sied à merveille. Elle passe même derrière la caméra, pour la première fois de sa carrière.

"Meurtrie" a donc des airs de défi à tout point de vue. Si l’on se penche sur la casquette de réalisatrice, Berry s’en sort très bien. Même si elle ne révolutionne rien, elle n’en démérite pas non plus. Certes, la mise en scène souffre parfois d’un excès d’académisme. Cependant, Berry elle rend justice à son interprétation forte. Si les combats sont peut-être moins violents que ce qu’ils sont dans la réalité (la scénariste ne doit pas s’y connaître), ils se laissent regarder. En revanche, un œil aguerri saura sûrement détecter les quelques problèmes côtés techniques.

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Valentina Shevchenko et Halle Berry - Copyright JOHN BAER/NETFLIX

Côté acting, on ne peut que souligner l’interprétation d’Halle Berry. Son niveau d’implication est remarquable et cela se sent. Elle prend des coups, encaisse, se relève, recommence et ainsi de suite. Ce qui a de bien chez Halle Berry c’est sa capacité à se renouveler, ne pas se cantonner qu’à des rôles similaires. En se donnant le premier rôle en plus de la réalisation, elle prouve à Hollywood, qu’à 55 ans la carrière d’une femme est loin d’être terminée.

Le défi lancé à Jackie est aussi réussi pour Halle Berry qui en plus de concilier performance sportive intense, sensibilité maternelle, la réalisation du film (exercice périlleux), elle a aussi dû gérer un très jeune collègue qui est aussi un exercice réputé très difficile. Soulignons aussi, qu’elle est épaulée par un très beau casting.

Un casting secondaire plus que solide

Des personnages secondaires certes, mais pas moins brillants. Sheila Atim (première coach de Jackie), vu dans "Les Irréguliers de Baker Street" ou "The Underground Railroad", est magnétique. Malheureusement son personnage est peu à peu éclipsé par les thèmes-clichés abordés. On y retrouve aussi Stephen McKingley Henderson qui est décidément à l’aise avec des rôles de second plan sous-exploités (comme dans "Dune"). Egalement au casting, Adan Canto ("Designated Survivor"). Ce dernier est méconnaissable dans le rôle du petit ami toxique.

Le manager est, quant à lui, campé par Shamier Anderson, qui bouscule Jackie Justice dans ses retranchements en la provoquant. Lorsqu’il participe à ses entraînements et la provoque pour faire sortir sa colère, il va à contre-courant des films hollywoodiens où tout se passe bien dans le meilleur des mondes. En effet, c’est un classique du genre film de boxe. Toutefois, ici, il est vu avec plus de finesse. Le manager l’affaiblit psychologiquement en puisant dans sa fragilité. Une idée intéressante, tragique, mais qui sera stoppée net, car, après tout, il s’agit d’un film américain…

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Halle Berry - Copyright JOHN BAER/NETFLIX
Des thèmes actuels qui versent dans le cliché

C’est le plus gros bémol pour moi (si ce n’est le seul, le reste peut être mis de côté pour une première réalisation). En voulant traiter des sujets sociaux, certes louables, on s’éparpille un peu trop. Le scénario cherche à nous montrer la rage de vaincre, l’émancipation d’un monde patriarcal, les violences conjugales et le rôle de mère, etc. Voilà qui fait un peu beaucoup ! Même pour un film de 2h10.

Une bande originale exclusivement féminine

On ne pouvait pas faire une critique du film "Meurtrie" sans parler de la BO. Elle aussi est une première fois à sa façon. En l'occurrence, elle est exclusivement féminine. Sur les 13 chansons qui composent la bande-originale, pas un seul homme. Halle Berry s’explique : « Eh bien, ce qui est génial avec la bande originale – c'est un film féminin, écrit par une femme, réalisé par une femme, mettant en vedette une femme, c'est très féminin. Je voulais donc que le film ait une bande originale entièrement féminine. » Elle ajoute « La bande-son elle-même est très percutante. C'est rempli de musique trap. […] C'est censé représenter le monde dans lequel Jackie vit, mais aussi son état d'esprit. » Berry conclu en disant « C'est dur, c'est nerveux, c'est implacable et impitoyable à bien des égards, et c'est ce qui se passe dans la tête de Jackie. »

"Meurtrie" est un film de qualité où l’engagement d’Halle Berry, en tant que réalisatrice et actrice, est largement à souligner. En revanche, il souffre d’un scénario un peu bancal qui ne révolutionne pas son genre et qui a voulu toucher à tout sans se fixer un objectif principal. Néanmoins, si vous avez envie d’action et d’émotion, c’est le film à ne pas manquer.

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