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Moxie : Une nouvelle ère pour le teen-movie ?

Par Alexia Graziani


Pour son second long-métrage comme réalisatrice, Amy Poehler s’essaie au teen-movie. Inspirant, et drôle, "Moxie" apporte un vent de légèreté sur un genre longtemps figé dans ses stéréotypes.

Basée sur le roman éponyme de Jennifer Mathieu, "Moxie" nous embarque dans la vie de Vivian (Hadley Robinson), lycéenne de 16 ans assez timide qui a pris pour habitude de faire profil bas afin de ne pas se faire embêter par les « populaires » qui ont tout pouvoir au lycée. Mais l’arrivée d’une nouvelle, Lucy (Alycia Pascual-Peña), au tempérament révolutionnaire, va venir déconstruire toutes ses convictions et lui ouvrir les yeux sur le comportement toxique de ses camarades masculins, notamment le capitaine de l’équipe de football Mitchell (Patrick Schwarzenegger).

La comédie pour questionner le féminisme

"Moxie" est un film sociétal qui arrive avec beaucoup de tact à traiter du sexisme que peuvent expérimenter les jeunes filles de 16 ans. On traite aussi bien des stéréotypes sexuels liés aux ports de débardeur que de mansplaining, ce concept féministe né dans les années 2010 qui désigne une situation où un homme explique à une femme quelque chose qu’elle sait déjà, voire dont elle est experte, sur un ton potentiellement paternaliste ou condescendant. "Moxie" réussit donc à questionner l’engagement féministe de la nouvelle génération, bien plus intransigeante dans ses combats que ses aînées tout en envoyant un message d’ouverture : que tu sois « grande gueule ou introverti », tout le monde peut prendre part à la lutte.

En arrière-plan, Amy Poehler a décidé d’insérer une dimension intersectionnelle au film qui peut paraître pour certains trop présente ou dans un but commercial. On parle de racisme et d’immigration, notamment au travers des deux comparses de Vivian, Lucy et Claudia (Lauren Tsai), respectivement noire et asiatique. Mais sont aussi traités les thèmes de la transidentité et de l’homosexualité au travers d’autres personnages avec d’autres problématiques. On pourrait faire un léger reproche à "Moxie" qui serait de ne pas forcément aller plus loin dans l’exploitation de ces thématiques, mais on lui pardonne car, sinon, le film aurait duré 5 h.

Une justesse de ton

Un autre reproche serait de ne pas apporter assez de profondeur à ces personnages à l’exception peut-être de celui de Claudia. La seule chose que nous savons sur elle amène beaucoup de complexité au propos du film. En effet, Claudia est perçue comme « faible » par sa meilleure amie Vivian car elle ne participe pas à la lutte. Lorsque Claudia décidera de rentrer dans la danse, cela va lui coûter d’être renvoyé du lycée : « Tu ne peux pas comprendre ce qui m’arrive parce que tu es blanche. Tu sais tout ce que ma mère a sacrifié pour venir dans ce pays, ce qu’elle a dû faire pour que je puisse aller à l’université ? »

Amy Poehler arrive à doser l’humour de manière intelligente. On tourne en ridicule un homme, qui va se rendre coupable de mansplaining, en expliquant à la mère de Vivian comment ranger ses courses, chose qu’elle sait déjà. En revanche, elle ne tombe pas dans le piège de la comédie qui serait de rire de tout. Les sujets difficiles à traiter, comme le viol, sont faits avec beaucoup de sérieux et de justesse.

"Moxie" offre donc une bonne parenthèse d’humour et de fraîcheur, à partager à plusieurs. Qui sait, ce film marque peut-être le début d’une nouvelle ère pour le teen-movie.

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