21 janvier 2021
En Une Netflix

Pieces Of A Woman : Vous réduira en miettes

Par Clara Lainé

"Pieces Of A Woman", proposé actuellement sur Netflix, c'est un mélodrame qui ne s'oublie pas. Un film qui me marquera d''autant plus que je suis une femme, que j'ai 19 ans et que j'aspire à avoir des enfants. Si je me permets cette courte digression personnelle, c'est qu'il me semble fondamental d'insister sur la violence du sujet abordé et c'est d'ailleurs par là que je vais commencer.

Âmes sensibles s'abstenir. Parce qu'un mélodrame de cette envergure, ça fait l'effet d'une machine à laver : on en ressort avec une charge émotionnelle hallucinante. Il faut dire qu'aborder un tel sujet, c'est quitte ou double : dans le cas de Kornél Mundruczó, ça a été une double claque. Une claque artistique, d'abord : le plan séquence de l'accouchement qui dure pas moins de vingt-trois minutes ne laissera personne de marbre. Pour le réaliser, il a fallu 48 heures et six prises ! Le résultat en vaut la peine : c'est un début de film sensationnel.

Impossible évidemment de ne pas mentionner la performance d'actrice de Vanessa Kirby qui est à couper le souffle (au point qu'elle lui a valu le prix d'interprétation féminine à la Mostra de Venise et qu'il y a fort à parier que son nom circulera aux Oscars...) C'est son premier rôle et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle a relevé le pari. Pas une once de faux-semblant à déplorer chez cette mère endeuillée : d'une justesse rare, l'actrice semble porter l’intégralité du mélodrame sur ses épaules. Loin de moi l'idée d'insinuer que ses partenaires de jeu sont mauvais : ils sont même excellents. Seulement, "Pieces Of A Woman", sans Vanessa Kirby, c'est comme "Les Noces Rebelles" sans Kate Winslet : inconcevable.

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Vanessa Kirby et Shia LaBeouf - Copyright Netflix

Enfin, la réalisation est saisissante : la caméra réussit le tour de force de filmer l'intime en mouvement sans jamais paraître invasive. On en viendrait presque à oublier cet intermédiaire entre les acteurs et le spectateur : ce serait pourtant dommage au vu du talent incontestable de Kornél Mundruczó.

Ce talent s'étend d'ailleurs bien au-delà de l'aspect technique du film : "Pieces Of A Woman", c'est aussi une claque émotionnelle dont la marque sur la joue mettra plusieurs jours à s'estomper. Pari délicat sur le papier, chef-d’œuvre une fois concrétisé : c'est ainsi que l'on peut résumer la puissance de cette production de Martin Scorsese. Rendre crédible à l'écran un traumatisme de cette envergure, c'était loin d'être gagné d'avance. Le risque de tomber dans le manichéisme, dans la caricature ou même dans le pathos était grand. Il n'en fût rien : et si c'est en grande partie dû à la présence de Vanessa Kirby, le fait que le réalisateur ait lui-même vécu la perte d'une enfant n'est probablement pas étranger à l'efficacité de son film. Oui, "Pieces Of A Woman" demeure une fiction : cependant, comment ne pas se reconnaître dans une telle histoire ?

Si le couple qui se disloque sous nos yeux nous touche autant, si la relation mère/fille nous fait monter les larmes aux yeux, si le procès de la sage-femme nous brise le cœur, c'est parce que chaque élément de drame est crédible.  C'est la vie dans toute sa cruauté et sa beauté qui est dépeinte : impossible, dès lors, de détourner le regard face à autant de véracité. Il ne reste plus qu'à accepter que oui, parfois, l'intime est universel.

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