27 janvier 2021
Netflix

Quoi qu’il arrive, je vous aime : Un petit chef-d’œuvre

Par Clara Lainé

Dans "Quoi qu'il arrive, je vous aime", au lendemain d'une fusillade dans une école, des parents dévastés par une perte tragique se raccrochent à leurs souvenirs.

En français, aucun mot n'existe pour désigner le statut des parents qui ont perdu leurs enfants. À partir de là, l'ambition de Michael Govier et Will McCormack dans "Quoi qu'il arrive, je vous aime" est de retranscrire l’innommable à l'écran sans le dénaturer peut sembler très risqué. Avec un sujet pareil, les scénaristes et réalisateurs savaient qu'ils seraient attendus au tournant par les utilisateurs de Netflix : pour ma part, j'avoue avoir lancé cette animation sans trop d'attente et, le moins que l'on puisse dire, c'est que ma curiosité s'est révélée excellente conseillère !

Douze minutes d'émotion brute sans pathos, c'est ce qui nous attend une fois le bouton Play enclenché : "Quoiqu'il arrive, je vous aime" fait preuve d'une terrible justesse et ne laisse pas indemne. Pour autant, l'immersion se fait dans une certaine douceur et ce n'est que lorsque le générique défile que l'on prend conscience de la présence de l'énorme nœud qui s'est formé dans notre gorge tout au long du visionnage.

Au début, l'animation pourrait presque être qualifiée d'austère : le père et la mère semblent amorphes, les couleurs prennent du temps à arriver, et la musique, composée par Lindsay Marcus, nous plonge dans une ambiance mélancolique, pour ne pas dire lugubre. On se demande alors si on a réellement envie de continuer, si la suite ne va pas simplement nous plomber définitivement moral. D'autant plus que, pour une génération habituée à crouler sous une abondance d'informations dès les premières secondes d'un film, un rythme si lent peut être déroutant.

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Pourtant, il serait dommage de céder à l'envie de fermer l'onglet : petit à petit, les éléments symboliques se multiplient, les connections se créent, et surtout, les personnages deviennent terriblement touchants. On respire au rythme de leurs ombres, de leurs chagrins et de leurs souvenirs. Comment rester insensible devant tant de poésie ? Impossible de ne pas se laisser convaincre par cette représentation si crédible et singulière de la tristesse. De plus, cerise sur le gâteau, le montage de Peter Ettinger est d'une précision impressionnante.

Aussi bien dans la forme que dans le fond, "Quoiqu'il arrive je vous aime" à su me séduire. Alors, certes, le court-métrage est muet, mais il est truffé de subtiles métaphores et, surtout, il ne tombe pas dans le démonstratif. Les réalisateurs ne semblent rien chercher à prouver. Seule compte la volonté de raconter une histoire. Et, paradoxalement, c'est dans cette apparente absence de revendication politique que l'engagement de "Quoiqu'il arrive je vous aime" se révèle finalement efficace. En effet, après l'avoir visionné, je peux vous assurer que, si je vous dis que les armes à feu sont la deuxième cause de mortalité chez les enfants américains, ce ne sera plus uniquement une statistique dénuée de réalité. Rarement une œuvre aussi courte s'est attaquée aux conséquences dévastatrices de la violence armée avec autant de justesse.

Elle a d’ailleurs déjà remporté le prix du meilleur court-métrage d'animation au Festival du film d'Omaha et certaines rumeurs affirment qu'elle serait pressentie pour être nommée dans la catégorie « meilleur court-métrage d'animation » aux Oscars. Bref, si après tout ça, vous n'êtes toujours pas convaincu.e.s, je vous livre mon dernier argument : douze minutes, ce n'est vraiment pas très long par rapport à une journée de vingt-quatre heures. L'éventualité de découvrir un petit chef-d’œuvre vaut bien le risque de les perdre, non ?

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