22 septembre 2021
Netflix

Ratched : Une âme tourmentée

Par Emmanuel Francq

Producteur bourreau de travail (« American Horror Story », « Glee », « Halston », …), Ryan Murphy récidive avec « Ratched », une série qui partage beaucoup avec le film « Vol au-dessus d’un nid de coucou » (1975). Visible sur Netflix depuis le 18 septembre 2020.

C'est quoi cette série ?

Après la guerre, l’infirmière Mildred Ratched travaille dans un hôpital psychiatrique qui va accueillir Edmund Tolleson, un célèbre tueur. Comment va-t-elle composer avec ce patient ?

1 saison (en cours) - 8 épisodes - Avec Sarah Paulson, Cynthia Nixon, Sharon Stone, Vincent D’Onofrio 

Ces dernières années, plusieurs séries télé nous ont proposé des préquelles, soit remonter aux origines d’un personnage emblématique, souvent venu du cinéma (« Hannibal ») ou de la télévision (« Young Sheldon », rejeton de la sitcom « The Big Bang Theory »). Le phénomène n’est pas neuf puisque jadis, « Dallas » avait offert à ses fans de découvrir le passé de la famille Ewing. Quand un filon marche, Hollywood l’exploite à fond, toujours en quête de se faire un maximum d’argent et tant pis si la qualité n’est pas toujours au rendez-vous.


Aux sources du mal
Si le nom de « Ratched » ne vous dit rien ou alors vaguement quelque chose, rappelez-vous de « Vol au-dessus d’un nid de coucou », adaptation du roman de Ken Kesey paru en 1962. Dans ce film qui reste incroyable, Jack Nicholson jouait un criminel se retrouvant dans un asile de fous où sévissait Mildred Ratched, une horrible infirmière. Immense succès à l’époque, il a été récompensé par 5 Oscars : Meilleur film pour Michael Douglas et Saul Zaentz, Meilleur réalisateur pour Milos Forman, Meilleur acteur pour Jack Nicholson, Meilleur Actrice pour Louise Fletcher (Mildred Ratched), Meilleur scénario pour Laurence Hauben et Bo Goldman. En clin d’œil au passé, Michael Douglas officie à nouveau comme producteur exécutif sur la série.

Cela connu, pourquoi revenir sur un personnage aussi daté ? Parce que Ryan Murphy - qui a presque le même nom que le personnage de Nicholson : R.P. McMurphy - aime les personnages étranges entraînés dans des histoires les menant vers la folie. Tant les chirurgiens de « Nip / Tuck » que les divers protagonistes de son anthologie « American Horror Story » vivaient des situations bizarres, psychologiquement déstabilisantes.

Tyran en jupon doublé d’une froideur que ne lui envierait pas un frigo, Mildred Ratched peut se voir comme une métaphore de la violence institutionnelle. Dans le film, on la voyait déployer un pouvoir aveugle et injuste envers les patients, souvent privés de nourriture, de toilette et pire encore, de soins médicaux. La bureaucratie hospitalière poussée à son paroxysme tant elle s’arroge le droit de punir, souvent en les humiliant, les patients qui lui résistent.

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Sarah Paulson - Copyright Saeed Adyani/Netflix
Expériences douteuses pour soi-disant siphonnés de la cafetière
Dans la série, Ratched nous est présenté comme un personnage plutôt fragile, meurtri par une enfance malheureuse et une expérience d’infirmière durant la Seconde Guerre mondiale. Ne vous fiez pas aux apparences, elle a déjà quelques cadavres au compteur. Après avoir quitté l’armée (nous sommes en 1947), Ratched tente de se reconstruire et trouve un job dans un endroit par nature discret : une institution psychiatrique. Là, elle côtoie deux personnages aussi troubles qu’elle : le Directeur Richard Hanover (Jon Jon Briones) et l’infirmière en chef Betsy Bucket (Judy Davis, desséchée et vile à souhait). Dans un rôle étonnant, on a le plaisir de revoir Cynthia Nixon, la Miranda de « Sex & the city ».

Mais chacun a un agenda caché et peine à dissimuler une personnalité assez tordue. Pire, ils font le mal sans même vraiment s’en rendre compte. Les patients du centre psychiatrique sont des bouts de viande sur lesquels ils se livrent à toute une série d’expérimentations : hypnose, électrochocs, lobotomie, hydrothérapie dans un caisson fermé, etc. Toutes ces « thérapies » promettent aux patients de leur enlever leurs « déviances ». Ainsi, une jeune femme lesbienne vient se faire soigner pour ce qui est alors considéré comme une aberration. Mais une menace plane sur ce petit monde quand le tueur Edmund Tolleson rejoint l’hôpital et que la richissime Lenore Hosgood, incarnée par une Sharon Stone savoureuse, manigance de sombres plans. Suspense.


Aux frontières du mal
Au départ, la série intrigue par son ambiance de film noir, ses vieilles voitures et ses décors inquiétants. A cet égard, chapeau aux décorateurs, responsables des costumes et à la direction de la photographie. Chaque image représente un vrai régal pour les yeux tant les couleurs, les coiffures, les soins apportés aux détails contribuent à mettre en place cet univers à la fois dangereux et séduisant. Comme dans toutes les séries de Murphy, l’aspect sexuel y tient évidemment une place prépondérante avec un petit message pro-gay en filigrane.

La série décortique les motivations de Ratched mais on a du mal à saisir l’évolution vers le personnage ignoble du film. Certes, Murphy compte le développer sur plusieurs saisons mais ici, on en reste aux prémisses, ce qui frustre quelque peu. Soulignons l’interprétation sans failles de Sarah Paulson, égérie des séries « Murphy » puisque déjà vue dans « Nip : Tuck », « Feud », « American Horror Story » et « American Crime Story » (L’affaire O.J. Simpson où elle a gagné un Emmy Award, soit un Oscar télé, de la meilleure actrice). Cela n’a pas dû être évident pour elle d’entrer dans ce personnage aux contours encore flous. On n’arrive pas à la détester, au contraire elle nous apparaît même sympa. Curieux.

Ensuite, la série préfère s’attarder sur les délires du directeur Hanover, un personnage assez grotesque et se perdre en rebondissements « too much ». Le côté frappadingue d’Hanover et Hosgood font penser à un dessin animé de Tex Avery. Tout le monde hurle et se poursuit, comme si nous étions dans un vaudeville version zinzin. L’histoire avec le tueur (Finn Wittrock en rajoute des couches) sert à meubler un scénario qu’on sent hasardeux et peu convaincant. On se dit que la fin va se conclure et on en restera là mais finalement, ce n’est pas le cas. Après cette première salve inaboutie, est-ce vraiment nécessaire de continuer ? A vous de voir. Pour notre part, le sentiment reste mitigé et cela pourrait très bien s’arrêter ici. Aux dernières nouvelles, Netflix n’a pas encore donné de date pour la diffusion de la saison 2 qui devrait compter 10 épisodes. Elle pourrait être disponible sur la plateforme de streaming vers la fin de l’été.

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