Netflix

Sky Rojo : Un shot de violence acidulée

Par Clara Laine


Avec "Sky Rojo", c’est la nouvelle création de Alex Pina que nous propose Netflix. Après "La Casa de Papel", l’espagnol propose de suivre trois personnages féminins hauts en couleur. Trois prostituées qui n’auront qu’un seul but : survivre. 


C’est quoi cette série ?

L’histoire de Coral, Wendy et Gina qui tentent de fuir Moisés et Christian, hommes de main de Romeo, proxénète et propriétaire du club Las Novias. Ensemble, elles se lancent dans une redoutable course contre la montre au cours de laquelle elles devront affronter toutes sortes de dangers. Leur seul objectif : rester en vie cinq minutes de plus…

2 saisons (en cours) - 8 épisodes - Avec Verónica Sánchez, Lali Espósito, Yany Prado

Après le premier épisode, on se dit que cette série est déconcertante. Après le second, on pense même qu’elle est complètement déjantée. Après le troisième, on penche pour le farfelu de mauvais goût. Et puis, une fois qu’on a atteint ce stade, on débranche notre mental et on se laisse embarquer sans chercher à tout prix à caler un adjectif sur ce bordel. (Au sens propre comme au figuré !)

Alex Pina ne verse pas dans le pathos (et pourtant, au vu du sujet, on aurait pu s’attendre à des séquences dramatiques bien clichées) et prend au contraire le parti pris de l’ironie, et même de l’humour franchement décalé. Si j’ai mis un peu de temps à adhérer à ce ton rocambolesque, j’admets avec plaisir avoir fini par me laisser prendre au jeu. C’est sans aucun doute dû en partie à la performance des trois protagonistes féminines de l’histoire : Coral (Verónica Sánchez), Gina (Yany Prado) et Wendy (Lali Espósito) sont des femmes aussi fortes qu’attachantes et j’étais bien loin d’imaginer que je ressentirais autant d’admiration pour elles au début de la série.

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Miguel Ángel Silvestre - Copyright Tamara Arranz/Netflix
La course-poursuite dans laquelle elles se retrouvent embarquées manque souvent de crédibilité et de subtilité : pour autant, l’utilisation des flash-back, de la voix off et quelques rebondissements savoureux permettent de ne pas décrocher et même de binger les huit épisodes avec un enthousiasme complètement assumé. Et tant pis si le combo violence, sexe et drogue est parfois pesant : au moins ce voyeurisme est-il assumé et, surtout, pas totalement gratuit. En effet, il y a un réel propos puisque le scénario s’appuie sur des faits réels : Alex Pina dénonce avec des images crues les pratiques mafieuses des maisons closes espagnoles. Ainsi, en dépit de l’atmosphère apparemment légère qui règne, on ressort un peu sonné de ce visionnage qui offre une perspective terrifiante du monde de la prostitution.

Toutefois, j’ai quelques réserves sur les personnages masculins dans "Sky Rojo" qui m’ont donnée envie d’en prendre un pour taper sur l’autre à peu près toutes les cinq minutes. Le moins que l’on puisse dire, c’est que Romeo (Asier Etxeandía), Moisés (Miguel Ángel Silvestre) et Christian (Enric Auquer) manquent cruellement de profondeur. Ils sont tous plus détestables les uns que les autres et, franchement, en termes d’antagonistes, le créateur de "La Casa de Papel" nous avait habitués à mieux… Légère déception aussi à propos d’un triangle amoureux totalement improbable qui surgit à la fin de la série et qui tombe tel un cheveu dans la soupe : franchement, on n’avait pas besoin de ça et si le but était de susciter de l’empathie pour les proxénètes, c’est raté (mais alors bien bien raté).

Pour terminer sur une note positive, les références à Quentin Tarentino sont nombreuses et savoureuses : alors oui, c’est vrai, réunir dans huit épisodes de trente minutes "Pulp Fiction", "La Casa de Papel" et le monde de la prostitution était un pari improbable, mais, contre toute attente, je le trouve globalement réussi. "Sky Rojo", c’est clinquant à souhait, perturbant par moment, mais aussi addictif ! Et ça tombe bien, parce qu’une saison 2 est déjà programmée

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