24 septembre 2021
Netflix

Sweet Girl : Lève toi ma douce

Par François Bour


"Sweet Girl" est une création Netflix avec un acteur connu dans le rôle principal. Cela semble indiquer un film d'action avec un héros omniprésent dans un récit balisé et linéaire. Surtout dans un film de vengeance. Ah mais c'est aussi un père en fuite, avec sa fille. Tous les deux unis. Mais par quoi ? La douceur familiale? Sauf si...


Dans "Sweet Girl", tout commence par Jason Momoa sur le toit d’un stade, entouré d’agents du FBI. Ray Cooper finit par sauter dans le vide pour finir dans le fleuve aux abords de l’enceinte sportive. Jason Momoa se retrouve sous l’eau puis le film commence par une première éclipse. Pour ceux qui ne l’auraient pas reconnu, c’est bien l’acteur de "Aquaman, "Justice League" ou la série "Games of Thrones" qui est l’acteur principal de "Sweet Girl".

Une fois encore, Netflix propose un long-métrage mettant en avant un acteur connu à Hollywood. Sans être une superstar, Jason Momoa a bien sa petite notoriété depuis "Aquaman". A l’instar de John David Washington dans "Beckett" et de bien d’autres acteurs ou actrices dans les créations originales de plateformes SVOD, Sweat Girl est porté par son acteur principal. Sauf qu’ici, l’acteur n’est pas seul. Ce qui est une bonne nouvelle.

Une simple vengeance ?

"Sweet Girl" est présenté comme un film de vengeance alors que les premières scènes montrent un homme en fuite. Il est vrai que le long-métrage oscille entre la fuite et la vengeance. Il faut revenir au début de l’histoire pour en connaitre les raisons. Plusieurs éclipses vont se suivent. Pour instaurer les fondations. Ces dernières vont s’appuyer sur des moments de vie. Ray Cooper est avec sa femme et sa fille. Tous heureux. Puis sa femme est atteinte d’un cancer. La petite famille fait face. Ray, le mari, le père de Rachel, finit par perdre sa femme. Cette dernière n’a pas pu bénéficier d’un traitement. Retiré du marché peu de temps avant.

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Jason Momoa - Copyright Netflix

Dès lors ce sont les pièces d’un puzzle qui se mettent en place. Entre un homme qui menace un dirigeant d’un grand groupe pharmaceutique avant d’être agressé dans le métro avec sa fille pour finir par tuer, dans une bagarre, le dirigeant menacé et fuir. Toujours avec sa fille. Tour cela est raccord avec la scène d’introduction. Une vengeance puis une fuite avec le FBI aux trousses. Sauf qu’il s’agit bien d’une vengeance.

Aquaman change de bassin

Dans cette histoire, il y a, en réalité, plus à retenir que la présence à l’écran de Jason Momoa. Mais puisqu’il est celui qui semble porter le film, il faut souligner son apport. Sa filmographie l’a, quelque peu, fait entrer dans un certain moule. Celui du mec badass qui incarne des personnages sans failles. Or, dans "Sweet Girl", l’américain campe un personnage craquelé, fissuré par la mort de sa femme, ses erreurs non sans conséquences et sa culpabilité d’emmener sa fille avec lui.

Autant dire qu’Aquaman nage ici dans des eaux différentes, plus agitées émotionnellement. Jason Momoa sait nager et parvient à incarner son personnage avec ses reliefs d’émotions. Du deuil destructeur à la panique d’une situation qui lui échappe. Bien sûr, lorsqu’il s’agit de faire appel à la carrure de l’ancien guerrier, c’est pour l’emmener dans des scènes de combats. Dans ce registre aussi, l’acteur ne déçoit pas même s’il aurait pu être aidé à la réalisation. Puisqu’il s’agit d’évoquer la distribution, il faut mettre en avant les personnages secondaires. Des acteurs et actrices, des visages connus sans que leur nom le soit mais qui ne font pas tâche. Comme toujours dans ce type de film, leur présence à l’écran est juste suffisante pour permettre au récit d’avancer. Dans ce dernier, il y a d’ailleurs Rachel Cooper, incarnée par Isabela Merced.

Ray et Rachel

Ray Cooper et Rachel Cooper. Le père et la fille. Tous deux ont perdu un être cher, tous deux sont au cœur du récit. C’est là, la véritable nouveauté. "Sweet Girl" est un film porté par deux personnages et non un seul. C’est un changement dans le schéma traditionnel chez Netflix. Ce n’est pas une révolution, Jason Momoa est bien la star du film. Moins celle du scénario.

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Isabela Merced - Copyright Netflix

Il faut revenir au scénario. Sur ce père et sa fille qui fuient ensemble et/ou sur un personnage en quête de vengeance. Le chemin emprunté par le récit n’est pas forcément celui indiqué par les personnages eux même. Ce choix dans le déroulement de l’histoire fait de "Sweet Girl", une proposition « netflixienne » qui se démarque des autres.

Cette fois, les scénaristes ne se sont pas contenté d’une serviette de table pour écrire leur œuvre. Alors, il y a certes quelques raccourcis comme ces éclipses en début de narration mais il y a un effort réalisé sur la mise en place d’un puzzle. Comme faire une révélation qui trouve ses premiers indices dans des scènes de début qui paraissent accessoires. Une intention rare dans des productions qui se contentent, le plus souvent de baliser le chemin à outrance dans un récit. Ce n’est pas le cas ici.

Les habitudes de Netflix

Chaque création originale semble répondre à un cahier des charges. Un acteur connu capable de faire une prestation solide et un réalisateur inconnu qui rendra une copie correcte. Sur ce point, la copie est, en effet, honnête. La réalisation se met bien au service de l’acteur principal et du récit. Sans pour autant éviter les défauts presque habituels. Celui des détails.

Des scènes de combats aux chorégraphies similaires, des frappes portées sans aucun effet, en passant par le coup de couteau dans l’abdomen qui ressort immaculé. Sans oublier les faux raccords. Dans le détail donc, ce n’est pas vraiment la réalisation qui fait la force de "Sweet Girl". Si c’est une habitude, plutôt mauvaise, Netflix va jouer avec une autre de ses habitudes. Mettre un seul acteur de tous les plans ou presque. Si la tendance ne s'inverse pas, elle fléchit quelque peu et cela grâce, notamment, au scénario. Cette fois, il y a bien un personnage secondaire qui existe. A moins que ce ne soit un second personnage principal.

"Sweet Girl" est un film Netflix qui montre que la plateforme américaine peut faire preuve d'un peu d'audace. C'est à dire proposer un long métrage qui ne déborde pas de facilitées. Certes elles existent toujours à la réalisation et dans le traitement des personnages secondaires. Jason Momoa, lui, est bien le nom censé attirer le public. Cela dit, dans "Sweet Girl", Il n'y a pas qu'un acteur. Pour une fois il y a un scénario avec un balisage discret et un twist. Oui un twist scénaristique. Chose rare dans les propositions de ce type. Ce serait dommage de le rater. Alors il faut se lever et préparer la soirée en vue d'un bon film. Get up, sweet girl, GET UP !

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