25 octobre 2020
Netflix

The Boys In The Band : Quand la soirée vire au fiasco

Par Clara Lefèvre-Manond

Ce qui était au départ une pièce à succès exceptionnel à Broadway dans les années 60, "The Boys in the Band" de Mart Crowley a vite été réadaptée. Dans les années 1970 d’abord, par William Friedkin avec « Les Garçons de la bande » et 50 ans plus tard, en 2020. La bande de garçons est de retour sur la plateforme Netflix avec un film, produit par Ryan Murphy et réalisé par Joe Mantello. Mais que vaut vraiment cette dernière mouture ?

Nous sommes à New-York en 1968, un groupe d’amis homosexuels vient célébrer l’anniversaire de l’un des leurs chez le cynique Michael. La soirée débute, les premiers arrivés se taquinent, se piquent, s’amusent, dansent, alors que celui dont c’est l’anniversaire, Harold met du temps à arriver. Dans un même temps, Michael se retrouve contraint d’accepter un invité de dernière minute : Alan, ancien camarde de fac, marié, qu’il soupçonne d’être un « gay refoulé ». Mais une fois qu’Harold va enfin arriver, l’ambiance va s’alourdir, et plus la soirée passe, plus les invités laissent sortir des secrets. La soirée va vite tourner au vinaigre…

La tradition du casting

C’est à croire que c’est devenu tacitement obligatoire, voire traditionnel. Lorsque William Friedkin a tourné son film, il a fait appel aux acteurs qui avaient été choisis par Mart Crowley pour sa pièce, deux ans plus tôt. Et Joe Mantello, un des très grands Messieurs de Broadway, a fait exactement la même chose que son prédécesseur. En 2018, The Boys in the Band, était à nouveau sur les planches de Broadway, et Mantello a ainsi choisi les mêmes acteurs qui avaient incarné leurs rôles pendant plus de trois mois.

Photo promotionnelle du film

On retrouve alors Jim Parsons, Zachary Quinto, Matt Bomer, Andrew Rannells, Charlie Carver, ou encore Tuc Watkins.

Un film avec une Histoire

Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que le film revient sur une réalité amère de la société et de l’Histoire. Dans les années 60, lorsque la pièce été écrite, être gay était loin d’être bien vu. C’était une honte, une maladie, une disgrâce… Pour Mart Crowley, ça a été un combat acharné pour financer sa pièce et trouver des acteurs. Et c’est ce qui l’a rendu en colère. Il expliquera que cela l’a aidé à réussir justement. Cependant, toute cette colère, ces ressentiments, sont infusés dans les personnages, les dialogues et le récit. Même après des modernisations et des prises de libertés, "The Boys in the Band" revient sur cette dure réalité des années 60. Sur la difficulté de s’assumer et d’être qui nous sommes. Un sujet qui cinquante ans pus tard, est parfois encore actuel…

Les productions qui ont suivi la première pièce en 1968, se sont toutes empreintes d’un élément d’Histoire en plus : les émeutes de Stonewall en 1969. Non pas pour les aborder, mais peut-être plutôt pour s’en inspirer, insuffler une partie de l’Histoire et des luttes LGBT dans les œuvres de "The Boys in The Band".

Les ingrédients du psychodrame

Avec "The Boys in the Band", on retrouve vraiment les ingrédients d’un drame, d’un événement qui va tourner au fiasco. Le couple en crise, l’hôte avec un discours acerbe, un cow-boy embarrassant, un invité surprise, le tout saupoudré d’alcool, hop le tour est joué !

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Andrew Rannells, Brian Hutchison, Charlie Carver, Jim Parsons, Matt Bomer - Copyrights Netflix


Ce qui est frappant dans le film, c’est la montée crescendo du drame. Et c’est ce qui justement accroche le spectateur, ça nous tient en haleine, parce qu’inconsciemment, on le sait. On sait qu’il va se passer quelque chose et que ça risque d’exploser. Au fil du film, nos émotions ne sont plus les mêmes, tout comme pour les protagonistes. Le rire laisse vite place à la gêne, et du « pacifisme » à la violence. On passe alors d’une ambiance festive à une ambiance morose où la libre expression et la haine s’installe dans chaque personnage. Et les répliques des acteurs vous le font bien sentir : pic assassin sur pic assassin. En fait, on pourrait presque dire que l’on assiste à une descente aux Enfers. Chouette ambiance pour un anniversaire….

Et les autres garçons de la bande alors ?

Difficile de ne pas comparer les deux films, celui de 1970 avec celui de 2020. Mantello est resté fidèle au film de William Friedkin et donc à la pièce dont le film est tiré. Que ce soit de la mise en scène, le décor ou les personnages, le tout vient d’un même héritage, que les réalisateurs respectent.

Dans cette version, produite par Ryan Murphy, il y a des ajouts comme les courts flashbacks, l’épilogue et une direction des acteurs qui semble légèrement différente. Friedkin et Mantello ne mettent pas les accents sur les mêmes choses. Visages en sueur pour le premier et belles gueules pour le second. Quand l’un préfère les silences, l’autre choisi les cris et les accès de colère.

Bill Pope et Joe Mantello - Copyright Netflix

Certains éléments sont frappants. Par exemple, dans la version de William Friedkin, la joute verbale entre Michael et Harold est bien plus glaciale. Les personnages ont quelque peu été atténués dans cette version des années 2020. Ainsi, Emory est-il moins dans l’excès. Le but étant de créer un mouvement plus harmonieux dans la bande de joyeux lurons, et donc moins noir que dans la pièce initiale ou le film de 1970. Dans cette version, tous sont beaux, soignés et moins excessifs. Cette dernière mouture est un délice. On se laisse emporter par le film, par les petits pics que l’on s’envoie, par la musique, l’ambiance…. On est vite accroché et on ne voit ainsi pas le temps passé.

"The Boys in the Band" est disponible sur Netflix depuis le 30 septembre.


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