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The Dressmaker avec Kate Winslet

Par Léa Delaplace

Sous de beaux vêtements se cache la mesquinerie du monde : Haute Couture

Disponible sur :
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Prenez un décor typiquement australien du XXème siècle. De grandes étendues sableuses, le soleil tapant. Un hameau perdu, miraculeusement desservi par une voie de chemins de fer. Ajoutez à cela des personnages caractériellement atypiques, presque caricaturés. Et pour pousser encore le loufoque de la scène, parsemez le scénario de contrastes temporels, d’éléments illogiques et pourtant parfaitement placés. "The Dressmaker", "Haute Couture" en version française, n’est autre qu’un miroir de la société actuelle et de ses préoccupations.

Tilly Dunnage, interprétée talentueusement par Kate Winslet, retourne dans son village natal qu’elle a quitté, seule, durant son enfance. « Suis-je une meurtrière ? » est l’unique réponse qu’est venue chercher l’habile et douée couturière. Dotée d’une beauté sans pareille, d’un culot hérité de sa mère Molly, la jeune femme n’est pas accueillie à bras ouverts par ceux qui n’ont fait que vieillir depuis son départ. Et c’est de ses doigts qu’elle tentera de se faire accepter et de trouver fin mot à ses interrogations intérieures… Préparez vos yeux, les tenues confectionnées par Tilly sont fines, délicates et dessinées, comparables à celles visibles dans le New York des années 1950. Un vrai défilé se prépare au fin fond de l’Australie et vous en êtes le public.

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Judy Davis, sous les traits de Molly, n’incarne pas la mère idéale, loin de là. Égoïste et intrusive, elle cache des blessures au plus profond de son âme, pourtant tendre et maternelle. À travers sa relation avec sa fille, c’est un tableau prenant que nous propose ce film, nous jetant au visage la force de ce lien unique. Mais "The Dressmaker" ne s’arrête à pas à découdre une seule relation de la vie. L’amour est bien plus qu’une robe rouge cintrée et de fins talons aiguilles vernis… il s’incarne dans un conflit intérieur entre la passion et la raison. Se donner à Liam Hemsworth, jouant Teddy, ou se refuser à lui : dilemme bien plus compliqué qu’il n’y paraît pour une couturière aux pensées torturées. Patience, confiance et compréhension mèneront la danse. C’est avec subtilité que la réalisatrice Jocelyn Moorhouse interpelle sur la représentation du couple et sa construction. Elle dénonce le mensonge, l’adultère et le paraître : et cela, qu’importe l’âge et le niveau social.

Avec moins de difficulté, on cernera dans ce drame la critique faite au silence face à la violence. Tilly en a tristement vu de toutes les couleurs. Sa vie ne semble être que les conséquences de la manipulation et de l’usage défaillant de la parole. Entre révélations et superstitions, les ragots vont bon train dans un si petit village… Et là, vous vous demandez pourquoi vous n’avez jamais vu l’affiche de ce film dans les kiosques et cinémas français, vous empêchant ainsi de courir en salle le découvrir. Il n’est jamais arrivé jusqu’à nos écrans géants, allez savoir pourquoi. Avec le temps qu’il nous est offert, ce majestueux drame mérite le détour depuis votre canapé.

Disponible sur la plateforme Netflix, et surement sur d’autres plateformes dont la légalité reste à vérifier, il vous offrira un vrai moment de 7ème art, loufoque, inédit et touchant. Plaisir des yeux assurés !

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