13 décembre 2019
Netflix

The Irishman : Quand les gangsters sucrent les fraises

Par David Mauqui


Annoncé comme le nouveau “chef d'œuvre” de Martin Scorcese, "The Irishman", diffusé exclusivement sur la chaîne de streaming Netflix, risque de décevoir avec une production peut-être surévaluée. Réunir un casting prestigieux suffit-il à sauver un scénario bancal et aussi peu original qu'un voyage en TER ? Ce sera mon angle d'attaque.

Dans ce trop long film (3h30 !), nous sommes invités à suivre le parcours de l'entourage de James Riddle Hoffa, directeur du plus important syndicat de routiers aux États-Unis dont la disparition en 1975 compte parmi les grands mystères de l'histoire du crime américain, même s'il est peu probable qu'il soit parti rejoindre Elvis Presley et Jim Morrison aux Caraïbes.

On évoque dans "The Irishman" les relations étroites entre un syndicaliste qui gère les retraites de droits privés et ses rapports douteux avec le crime organisé qui s'appuie sur cette manne financière pour financer ses façades légales nécessaires au blanchiment d'argent de ses autres activités. Sur ce plan, on n'apprend pas grand chose quand on est familier de cette facette de l'histoire américaine ou qu'on a vu le “Hoffa” de Danny de Vito (1992) ou bien encore "F.I.S.T." de Norman Jewison (1978).

Dramatiquement, on n'a pas non plus beaucoup de surprises puisqu'on retrouve le style narratif de films précédents de Scorcese avec un personnage qui évoque ses souvenirs en voix-off. Toutefois, là où on avait un apport nouveau par le style et l'écriture dans "Les Affranchis" ou "Casino", la voix laconique de Robert de Niro dans "The Irishman" ne vient ici que combler les lacunes d'un scénario laborieux et fait ainsi l'économie de séquences qui auraient sans doute ajouter à l'ennui.

On retrouve les grandes figures du polar américain et certains habitués du réalisateur avec Al Pacino, Joe Pesci, Harvey Keitel et Stephen Graham, mais ils se taillent la part des lions et on s'interroge sur la présence de Jesse Plemons et Anna Paquin relégués au rang de silhouettes parlantes. "The Irishman" se déroulant sur près d'un demi-siècle, on a aussi du mal à trouver crédibles ces acteurs dans leurs personnages “jeunes” qui s'expriment et se déplacent déjà comme des vieillards dans les plus jeunes années.

Si j'appréhendais de voir un Scorcese sur un téléviseur, j'en ai finalement été satisfait car cela m'a permis de faire des pauses dès que le sommeil m'envahissait en visionnant ce qui aurait dû s'appeler “Les Affranchis à l'EHPAD”. Peut-être les fans les plus endurcis du genre, ou de ce réalisateur, y trouveront leur compte, mais sans doute moins des cinéphiles avertis et exigeants comme un public venu pour se divertir. Car perdre trois heures de sa vie pour finalement entendre que le temps passe vite est faire preuve d'une triste ironie...

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