20 juillet 2019
Netflix

The Outlaw King : Le premier roi d’Ecosse

Pourtant riche en événements guerriers, l'indépendance de l’Écosse n'aura que peu inspiré les productions cinématographiques. Vingt-trois ans après le magnifique "Braveheart", Netflix propose désormais en exclusivité, l'excellent "Outlaw King" qui reprend l'histoire de ce conflit épique de la fin du treizième siècle, là où s'arrête celle du film de Mel Gibson.

"Outlaw King" raconte l'histoire de Robert Bruce, noble vaincu de l'Écosse médiévale devenu roi contre son gré puis héros hors-la-loi en l'espace d'une année. Contraint à se battre pour sauver sa famille, son peuple et son pays de l'envahisseur anglais, Robert Bruce s'empare de la couronne écossaise et rassemble une troupe de soldats hétéroclites. Avec eux, il devra affronter la colère de l'armée la plus puissante au monde, menée par le féroce roi Édouard 1er et son imprévisible fils, le prince de Galles.

Présenté, en avant-première, au festival de Toronto, et depuis le début novembre sur la plate-forme de diffusion Netflix, "Outlaw King" était précédé d'une assez mauvaise réputation. Très mal reçue par les spectateurs lors de la projection canadienne, l’œuvre de David Mackenzie (réalisateur de l'excellent "Comancheria") se voit amputer, par ses producteurs, de nombreuses scènes, pour un total d'une vingtaine de minutes. Dommageable en terme de progression psychique d'un être humain en proie au doute, cette amputation permet néanmoins un montage resserré et elliptique relativement convaincant.

Le long-métrage de Mackenzie commence donc à l'endroit historique où se termine "Braveheart", le chef d’œuvre furieux et violent de Mel Gibson : Robert Bruce et de nombreux nobles écossais, défaits par l'armée anglaise, se range derrière la couronne du roi Edouard 1er. Mais, après de multiples vexations, Bruce reprend le flambeau d'une révolte qui le verra accéder au trône de Roi d'Écosse après de nombreuses batailles.

Spectacle violent (certaines scènes semblent sortir de la série "Game of Thrones") qui s'ouvre sur un magistral plan séquence d'une dizaine de minutes, "Outlaw King" est avant tout une immersion dans la vie d'un noble déchu et vient montrer les combats d'un homme, tout autant physique que psychique, d'un être au proie au doute. Outre l'inspiration d'un cinéaste doué, ce long-métrage bénéficie d'un casting cohérent en tête duquel trône un acteur décidément intéressant dans ses choix de carrière.

Personnage principal de ce film, Robert Bruce est interprété par un Chris Pine qui retrouve Mackenzie après leur collaboration sur "Comancheria". Donnant son talent et son corps (jusqu'à tourner entièrement nu) à l'interprétation de ce personnage, il confère au futur roi écossais une présence envoûtante. Fer de lance d'un casting sans fausse note, il confirme ainsi la cohérence de ses choix de carrière, entre rôle difficile et blockbuster hollywoodien. Son charisme et sa stature viennent également confirmer le parti-pris formel désiré par son cinéaste.

Car, contrairement à l’œuvre de Gibson qui se déclamait lyrique et majestueuse, le film de Mackenzie se présente sec et quasiment réaliste. Aux longues batailles dans les splendides décors des montagnes écossaises, l'auteur préfère ainsi une vision à hauteur d'homme ; ce qui intéresse le cinéaste réside essentiellement dans la mutation psychologique du futur roi, un homme soucieux, dans un premier temps, d'épargner sa famille, avant de reprendre la tête d'une rébellion inévitable. Tandis qu'un élément déclencheur, l’exhibition du corps amputé de Wallace, le héros de "Braveheart", ne vienne le convaincre du bien-fondé de sa décision, sa rébellion s'engage lors du meurtre d'un de ses opposants dans une église.

Devenu hors-la-loi, Bruce entame alors une reconquête qui passe par la désertion, la fuite, la traque et le deuil avant de regagner la confiance de son peuple au cours d'une bataille homérique dans des marais écossais particulièrement cinégénique. Un morceau de bravoure du point de vue de la mise en scène qui vient complètement achever de convaincre les possibles détracteurs d'une œuvre ambitieuse et finalement exigeante.

Original par le sujet traité et par la forme désirée, ce film, à voir en exclusivité sur Netflix, s'il ne possède pas l'ampleur de son prédécesseur, n'en reste pas moins l'une des plus agréables surprises de cette automne cinématographique.

Auteur : Fabrice Simon

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