20 octobre 2020
Netflix

The Rolling Stones : Olé Olé Olé

Par Yann Vichery

Quand un documentaire diffusé sur Netflix suit les Rolling Stones en tournée, on se dit qu’on ne peut rien apprendre de plus sur le groupe, surtout après avoir vu le magnifique "Crossfire Hurricane" qui filme l’histoire des Stones. Et pourtant, ce documentaire, réalisé par Paul Dugdale, n’est pas juste un making of, c’est beaucoup plus, et c’est tout ce qui en fait son intérêt.

Sympathy for the devil

Les Stones, c’est juste LE PLUS GRAND groupe de rock de l’histoire (j’assume). Formé en 1962 dans une banlieue de Londres par Mick Jagger, Keith Richards, Brian Jones et Ian Stewart (et encore en activité en 2020… après 58 ans de tournées !!!), ils allaient donner, dans les années 60, un bon coup de pieds au rock’n roll (et aux Beatles) avec leurs chansons provoc’, leur idée de toujours flirter avec l’illégalité et les excès.

Le groupe allait survivre tout (la mort de Brian Jones, le cauchemar d'Altamont au cours duquel un noir fût assassiné en plein concert par un membre des Hell’s Angel, les tournées marathon de par le monde, les brouilles et séparations) et aujourd’hui, Jagger, Richards, Ronnie Wood, et Charlie Watts (le batteur qui ne parlait jamais) accusent à eux 4 l’âge respectable de 304 ans. Tels des phénix, ils renaissent à chaque tournée, pensant que celle ci sera la dernière, les fans espérant plutôt que ce n’en est qu’une de plus...

Honky Tonk Women

Un concert des Stones ça se vit comme un évènement auquel il faut avoir assisté une fois dans sa vie pour comprendre ce qu’on vécut les cubains lorsqu’ils les ont découverts en live en 2016. Cette tournée latine (14 dates au Brésil, Argentine, Chili, Uruguay, Pérou, Mexique, Colombie et pour la première fois après 54 ans d’attente, Cuba… devant 1,3 millions de fans) était attendue comme un messie puisque le groupe avait peu joué sur ce continent.

Ce fut un bouleversement dans la vie de ces latinos et c’est précisément ce que met en avant le documentaire. Il explique ce que ces habitants ont attendu-espéré pendant des décennies, les pouvoirs militaires en place dans certains de ces pays ayant bloqué toute intrusion des riff et du Rock’n roll des Stones.

Le réalisateur s’arrête sur des tranches de vies de fans qui alimentent leur amour de la musique des Stones à coup de Bootlegs (les concerts pirates vendus au marché noir dont certains valent une fortune) et de relecture de morceaux, formant des groupes, jouant dans les bars leurs tubes façon Samba et se faisant appeler « les Rolingas ».

On assiste à un bel hommage à l’Amérique latine, voyageant du Brésil au Chili, passant par ces pays dont certains sont restés fermés pendant longtemps (Chili, Colombie et Cuba), ouvrant un livre d’images de villes (Sao Paulo, Lima), de rues, de quartiers, de cultures, d’art urbain tapissant des murs entiers et d’habitants, faune urbaine fascinante et qui expliquent mieux que personne leur recherche de liberté dans des pays ou elle n’existait pas.

Des images restent, tel cet homme effondré de bonheur, vénérant les Stones depuis des lustres et ayant aperçu Mick Jagger durant quelques secondes; ce jeune en pleurs lors de son premier concert, conscient d’avoir accompli son rêve; ces immeubles qui entourent le stade de Lima, la police mexicaine sur les dents avant le concert.

Le document décrit aussi un compte à rebours pour l’évènement tant attendu de Cuba, le concert gratuit à la Havane devant 500000 personnes, événement presque plus important que la visite de Barack Obama quelques jours plus tôt. Une organisation titanesque, sans certitude d’avoir lieu dans ce pays d’un autre temps dont l’embargo n’était pas encore qu’un souvenir.

Let’s spend the night together

Une façon de passer du temps avec les membres du groupe nous apprend des petits secrets sur chacun d’eux car ils se livrent beaucoup durant ce documentaire. Ronnie Wood peignant dans l’atelier d’un vieux mexicain; Keith Richard superstitieux et implorant les dieux avec son bâton contre la pluie avant un concert; Mick qui évoque ses souvenirs (l’origine de Honky Tonk Women) et ses rencontres lors de voyages (la danse avec ces péruviennes en toute simplicité); l’amitié inébranlable qui le lie avec Keith depuis 60 ans (voir les gestes de complicité lors des concerts).

Il y reste aussi la communion unique avec ces millions de fans, l’impression qu’ils ont un pouvoir et une attraction sur les gens sans forcément comprendre pourquoi leur musique et leur présence leur donnent cette fascination. Ces images de concerts où le public se trouve en transe face aux danses endiablées de Jagger, aux attitudes et aux looks de Keith et de Ronnie, à la classe de Charlie et toujours les chansons indémodables, certaines passées dans la légende de la musique, qui s’écoutent avec le même plaisir.

Ce film magnifique, on le reçoit comme un cadeau, comme un voyage en Amérique latine. Les images, les visages des gens, la musique parviennent à transmettre de belles émotions telles celles qui submergent Keith Richards en plein concert à Mexico.

Olé, Olé, Olé… Que viva Rolling Stones.

ça peut vous interesser

Le Sixième Sens : Le précurseur

Rédaction

La Poursuite Impitoyable : Arthur Penn est grand

Rédaction

Tenet : Un film cerveau ertnoc el spmet

Rédaction