Netflix

The Silence : Autant de bruit pour rien !

THE SILENCE

DE

Critique du film par Fabrice Simon et Peter Hooper


SYNOPSIS

Alors que la Terre subit l'attaque de créatures à l'ouïe sur-développée, une adolescente et sa famille se réfugient hors de la ville et y découvrent une mystérieuse secte.

photo-critique-film-the-silence
LE FILM

Décidément les productions horrifiques Netflix aiment particulièrement s'attaquer à nos sens : après "Bird Box", avec Sandra Bullock, et la vue, "The Silence", sorti le mercredi 10 avril sur la plate-forme VOD, met en vedette une adolescente sourde en prise avec des créatures carnivores.

Un handicap dans la vie de tous les jours mais un certain avantage lorsque ces bestioles terrifiantes, aveugles mais guidées par le moindre bruit, s'attaquent à l'humanité en les dévorant.

D'un pitch relativement simple (la famille de la jeune héroïne essaie d'atteindre le refuge, le dernier bastion étasunien de la révolte humaine) "The Silence" est, malheureusement, un ratage complet qui suscite, au pire, de l'exaspération ou, au mieux, une indifférence polie.

Certes, il est actuellement très difficile de faire original dans le domaine du cinéma d'épouvante et les heures de gloire de ce cinéma semblent (pour l'instant ?) révolues. Toutefois, un cinéaste comme Jordan Peele, auteur de "Get Out" et de "Us" (en tentant sur des sujets connus une approche digne du cinéma d'auteur, quitte à laisser certains fans du genre sur le bord de chemin) rencontre un succès mérité tant son cinéma dénote des productions actuelles. La preuve qu'il est encore possible d'effectuer un cinéma différent dans ce domaine et d'apporter une touche de fraîcheur dans ce type d’œuvre balisée.

Mais, à la tête du projet Netflix, figure John R. Leonetti, un réalisateur connu dans le milieu du cinéma d'horreur pour avoir oeuvrer sur "I Wish – Faites un vœu", "Annabelle", "Conjuring – les dossiers Warren" ou encore "Mortal Kombat, destruction finale". Et malheureusement, Leonetti vient, avec "The Silence", confirmer tout le mal que l'on pensait de lui.

En effet, en quatre-vingt dix minutes de projection, le cinéaste, incapable de maîtriser un plan ou des acteurs en perdition, accumule tous les clichés, poncifs et situations vues et revues de nombreuses fois dans les productions d'horreur, tout en accompagnant un scénario incohérent d'une réalisation stérile.

photo-critique-film-the-silence-1
Mauvais dans tous les domaines (histoire, montage, réalisation, musique), ce long-métrage pose même un énorme problème de cohérence dans le milieu de son intrigue lorsque les personnages se doivent de faire un silence total afin d'échapper aux créatures.

A la différence de "Sans un bruit" (le film de John Krasinski sorti l'an passé au cinéma) qui, sur le même thème, savait composer une intrigue cohérente, la production Netflix s'égare totalement.

Alternant les scènes où les acteurs chuchotent, puis deviennent silencieux, avant de se remettre à parler ou de faire des sons parfaitement audibles, oubliant totalement en cours de route l'aspect cinématographique que peut induire le handicap de son héroïne principale, le cinéaste semble incapable de se dépêtrer d'un intrigue pourtant basique.

Expurgeant involontairement de son long-métrage le moindre soupçon de terreur, Leonetti enlève toute possibilité d'empathie au spectateur. Même le sacrifice (attendu) d'un des membres de la famille passe totalement à côté de son effet et ne recueille qu'un intérêt minimal.

Handicapé par une interprétation désinvolte (mal dirigés, les excellents Stanley Tucci et Miranda Otto sont incapables de produire la moindre émotion), ce film, qui aurait pu se voir comme une version apocalyptique des "Oiseaux" de Hitchcock, nous plonge dans un survival movie sans tension et sans intérêt avant de basculer dans le home invasion de façon incongrue.

Car vient ensuite l'intervention d'une secte (!) qui fait basculer l’œuvre dans le ridicule absolu en rappelant le discours mille fois entendu (notamment dans les films et séries de zombies) qui veut qu'en temps de catastrophe, la menace la plus dangereuse pour l'homme reste l'homme.

Bref, une énorme déception, certes attendue, qui vient rappeler plus généralement la dégradation de l'essentiel des œuvres horrifiques ces dernières années même si quelques productions arrivent parfois à procurer des sensations d'effroi et de surprise.