Netflix

Tigertail : Mélancolie taiwanaise

Par Amandine Letourmy

Avec Tigertail, le réalisateur américain Alan Yang plonge dans ses origines taiwanaises et signe un premier film inspiré de l’histoire de son père, entre souvenirs et fragments de vie.

Habitué à la comédie comme dans Master of None, dont il est le co-créateur, Alan Yang se lance dans le drame intimiste avec son premier long métrage : Tigertail. En dressant un portrait tout en paradoxes d’un homme de l’enfance à la vieillesse, le réalisateur emprunte à l’histoire de son père, immigré taiwanais aux États-Unis dans les années 50.

Scindé en flashbacks parfois inégaux, Tigertail se distingue par sa capacité à faire éclore de très belles scènes contemplatives, non sans rappeler In the Mood for Love et 2046 de Wong Kar-wai dans les scènes mêlant le personnage principal à son amour de jeunesse, mais aussi, par ses scènes nocturnes, les néons du Millenium Mambo de Hou Hsiao-hsien.

Le scénario s’articule autour de Pin-Jui, que l’on découvre successivement enfant perdu, jeune adulte pétri de dilemmes, puis vieil homme stoïque, assaillit par les regrets. Tout autour de lui gravitent quatre femmes. Sa mère, d’abord, figure d’amour filial. Yuan, ensuite, son amour de jeunesse qu’il rencontre enfant et dont il tombe follement amoureux. Puis Zhenzhen, la femme qu’il épousera pour toucher du doigt le rêve américain et s’installer de l’autre côté de l’Atlantique. Enfin, sa fille, Angela, avec laquelle il peine à communiquer.

tigertail-film-critique
Extrait du film Tigertail © Netflix

La fragilité de ce premier film réside dans le traitement des personnages secondaires, pourtant essentiels. En faisant le choix d’ellipses monstrueuses, les portraits de femmes sont peu développés et trop vite expédiés. En particulier le personnage d’Angela : coincée dans un entre-deux inconfortable, difficile de se prendre d’affection pour cette trentenaire boudeuse qui porte pourtant bien plus sur ses épaules. La difficulté d’être un enfant d’immigré, héritier des souffrances, des histoires d’amour trop vite suspendues, des sacrifices pour une vie meilleure… Tous ces thèmes se dévoilent en fin de film, mais trop faiblement et trop tardivement.

Tigertail ne peut dépasser le stade de la petite histoire, qui malgré quelques très belles parenthèses contemplatives sublimées par une photographie chatoyante, ne s’élève pas à l’universel. Mais cette finesse, où tout est effleuré, sans être pleinement révélé, peut provoquer de belles choses, si l’on prend le temps de s’y attarder. À l’image du personnage du fils de Pin-Jui, qui fait figure de grand absent tout au long du film. Mentionné très brièvement, cette différence de traitement entre Angela et son frère révèle avec subtilité la différence de traitement entre frère et sœur dans les fratries contemporaines.

ça peut vous interesser

Cobra Kaï : Saison 3

Rédaction

Mank : Le grand retour de David Fincher

Rédaction

Cobra Kaï : Karate Kid en mode inversé

Rédaction