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Triple Frontière : Espace Schengen

Casting "burné", contexte géographique ciné-génique en diable (la triple frontière du titre, sorte de zone de non-droit située entre le Brésil, le Paraguay et l’Argentine), un pitch qui fait l’œil à un cinéma glorieusement désuet…

C’est peu dire que "Triple Frontière" présentait tous les atouts pour faire honneur au film de commando, bastion des figures de chevaliers déchus qui renouent avec le meilleur d’eux-mêmes dans la douleur de leur mission.

Cherry on the cake, la diffusion sur Netflix libérait théoriquement le film de la contrainte de composer avec les standards actuels pour trouver un public qui existe de moins en moins en salles…

Si ce film aurait sans doute pu exister avec Kathryn Bigelow à la caméra, quand la réalisatrice était encore attachée au projet, il en est tout autre avec J.C Chandlor.

Thuriféraire autoproclamé d’un cinéma des 70’s dont il récite l’abécédaire pour habiller son regard moraliste, Chandlor fait partie de cette génération de réalisateurs qui font des films pour ce qu’ils peuvent leur faire dire.

C’est en tous cas l’impression qui se dégage de "Triple Frontière", nouvel arrivant dans la résidence des peine-à-jouir qui échouent à concilier la dimension dionysiaque du cinéma qu’ils investissent avec les velléités thématiques affichées.

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Le casting masculin de Triple Frontière

Passé une scène d’introduction plutôt efficace mais déjà porteuse des germes suspects appelés à éclore, le film révèle très vite de quel bois il ne va pas se chauffer avec une phase de recrutement qui avoisine l’encéphalogramme plat. La suite ne démentira pas cette impression. A quelques exceptions près, difficile de dégager dans "Triple Frontière" une séquence réellement excitante.

Comme toujours, le plaisir de filmer demeurait dans la hiérarchie basse des priorités de Chandlor, malgré une facture esthétique au-dessus du lot. Comme s’il ne pouvait faire passer son message sans asséner au spectateur qu’il n’était pas là (que) pour jouir du spectacle.

Problème : à force de conserver cette distance avec le genre, le cinéaste en vient à traiter ses séquences-types comme des passages obligés, innervant de fait son récit. "Triple Frontière" en vient ainsi très vite à souffrir de ce défaut récurrent dans sa filmographie, où des personnages cernés par le chaos font malgré tout l'économie de leur remise en question (ce qui induit d'ailleurs en l'état un contresens idéologique franchement litigieux par rapport au message véhiculé) faute d'être vraiment éprouvés par les évènements.

Petit bras dans son traitement, le film érige ainsi progressivement une paroi étanche avec le spectateur qui ne cédera jamais. Preuve en est cette propension à caractériser les protagonistes en leur faisant oraliser leurs états d’âmes, sans réussir à les soumettre à l’intuition du public.

La parure classieuse de l’ensemble se fait le cavalier de cette volonté fatigante de donner la cuillère au spectateur sans le nourrir d’affects, à filmer des personnages ambigus sans faire preuve d’ambiguïté.

Et si le film se laisse voir malgré tout, il le doit notamment à son casting. Car ces super-soldats, instruments de l’Oncle Sam durant leur prime jeunesse jetée comme des kleenex après usage, ce sont aussi eux. Ces plus si jeunes premiers essorés par Hollywood, qui habitent tous le film (mention spéciale à Charlie Hunnam) de leurs espoirs déçus et de leurs visages qui commencent à sentir les lendemains difficiles.

Grace à eux, "Triple Frontière" fait parfois la différence entre la démonstration et l’incarnation.

Auteur : Guillaume Méral

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