Netflix

Tyler Rake : Vivre et (surtout) laisser mourir

Par Guillaume Meral

On n’attendait pas forcément grand-chose de "Tyler Rake", la nouvelle production Netflix. Un mercenaire revenu de tout, mais pas de ses traumas personnels, missionné au Bangladesh pour tirer un gosse des griffes d’un gang de narcotrafiquants.

Sur le papier pourquoi pas, mais avec Chris Hemsworth dans le rôle de Gerard Butler, une bande-annonce qui enfonçait des portes déjà ouvertes et la caution des réalisateurs « visionnaires » d’"Avengers" à la production, "Tyler Rake" n’inspirait pas grand-chose. Sinon à une nouvelle tentative de la plate-forme de déguiser les étagères des vidéos club des années 90 en blockbuster pour alimenter son catalogue.

Surprise ! "Tyler Rake" se défend mieux que sa proposition initiale ne le laissait entendre. Pourtant, le film met du temps à faire entendre sa voix, notamment à l’aune d’une exposition qui tend à plaider pour son anonymat. Notamment à l’aune de la volonté du réalisateur Sam Hargrave de jouer les gros bras sur le terrain de l’action, et de jouer la carte de la performance au détriment de son sujet.

On pense notamment à ce plan-séquence de 10 minutes, tour de force technique que l’on imagine extrêmement complexe à mettre en place, qui défie "The Raid" et "John Wick" sur le domaine de l’épate. Or, cette logique de démonstration se révèle dissonante avec l’enjeu à l’œuvre. En mettant en scène sa propre capacité à réussir l’impossible, le film véhicule une aisance virtuose qui anesthésie l’effort généré par le héros pour venir à bout de l’épreuve de force dans laquelle il est engagé. Comme si le film nous mettait du côté de la prouesse plutôt que du côté du personnage, et iconisait ce dernier à son corps (souffrant) défendant.

film-tyler-rake-1
Chris Hemsworth - Copyright Jasin Boland

De fait, c’est justement lorsque l’action se met au service de son héros (et non pas l’inverse) que "Tyler Rake" articule sa singularité. Sam Hargrave entend en effet démonter l’héroïsme justement de sa figure éponyme, vétéran brisé qui ne cherche pas tant une raison de vivre qu’un motif valable pour rencontrer son créateur. Un argument sur lequel un Joe Carnahan aurait fait des merveilles, mais sur lequel Hargrave réussit à tirer quelques belles scènes, dont une baston avec des baby-thugs où une très belle scène de confession qui permet à Chris Hemsworth de briller sans en rajouter.

On pourra regretter que le réalisateur n’insiste pas davantage sur le masochisme prévalant à la démarche de son personnage. Mais l’osmose organique qui se noue alors entre le projet de mise en scène et le propos permet au film de rencontrer in fine son modèle inattendu. A savoir le "Terminator 2" de James Cameron, autre œuvre sur la détérioration physique d’un archétype héroïque qui mettait son indestructibilité sur la sellette pour sauver un enfant.  Ce serait mentir exagérément que de prétendre que "Tyler Rake" arrive à la cheville du film de Cameron. Pourtant, en l’état, il demeure une itération du genre infiniment plus intéressante qu’elle ne le laissait supposer aux premiers abords. Une bonne surprise qui relève un peu les attentes du public, c’est déjà beaucoup.

La plume de Guillaume Méral vous plait ? Découvrez son blog

ça peut vous interesser

L’Ombre de Staline : L’expérience interdite

Rédaction

Tyler Rake sur Netflix

Rédaction

Men in Black International : Une erreur de costume

Rédaction