Gene Hackman : L’anti-star

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Par Emmanuel Francq

Nous vous proposons de nous replonger dans la carrière d'un des plus grands acteurs de ces 50 dernières années : Gene Hackman qui a fêté ses 90 ans en 2020. Une occasion de découvrir des pans moins connus de sa filmographie. Retour sur une carrière exemplaire....

Même les moins cinéphiles d’entre vous connaissent cet acteur que rien, a priori, ne prédestinait au monde du 7ème art (vous me pardonnerez la formule usée mais elle sonnait bien). De son vrai nom, Eugene Allen Hackman naît en Californie, à San Bernardino, le 30 janvier 1930. Ses parents se nomment Lyda Gray et Eugene. Il grandit avec son frère Richard au sein d’une famille qui voyage et déménage beaucoup, son père travaillant comme technicien d’imprimerie de presse. La famille se pose finalement à Danville, dans l’Etat de l’Illinois, chez sa grand-mère, Beatrice. Comme ses parents travaillent tout le temps, le jeune « Gene » (son diminutif) passe son enfance à voir plein de films, ce qui devient une véritable passion : « Acteur était quelque chose que je voulais faire depuis que j'avais 10 ans et que j'ai vu mon premier film, j'ai été tellement capturé par les héros d’action. James Cagney était mon préféré. Sans m'en rendre compte, je pouvais voir qu'il avait un timing et une vitalité extraordinaires. »

Son père abandonne sa famille alors qu’il n’a que 13 ans. Il le voit partir en voiture et passer à côté de lui, un salut de la main. Il ne le reverra quasiment plus jusqu’à sa mort en 1973. A 16 ans, le jeune homme quitte la maison familiale. Il rêve d’aventures et ment sur son âge (il fallait 18 ans) pour pouvoir s’engager dans les U.S. Marines où il devient opérateur radio de terrain. Des années plus tard, en 1985, alors qu’il est invité au « David Letterman show », Hackman révèle avec beaucoup d’humour qu’il avait fait ce choix car il « n’arrivait pas à s’envoyer en l’air ». Le jeune soldat reste 4 ans et demi dans l’armée, stationné au Japon puis à Hawaï, avant sa démobilisation en 1951.


DES DEBUTS DIFFICILES

De retour à la vie civile, il trouve divers petits boulots pour survivre, certains étant vraiment étranges comme polisseur de meubles en cuir, en équipe de nuit, dans le célèbre immeuble Chrysler de New York. Un job qu’il détestait particulièrement. Heureusement, l’armée américaine lui offre une bourse et il part étudier le journalisme et la production télévisée à l’Université de l’Illinois qui le note comme ayant « le moins de chances de réussir ». Mais ce choix de carrière ne lui convient pas.

Grâce à une autre bourse de l’armée, l’aspirant comédien arrive à intégrer une école d’acteurs, la prestigieuse Pasadena Playhouse, en Californie. A 30 ans, ses camarades de classe le voient comme un vétéran et se moquent de lui, ainsi que de Dustin Hoffman, jugé trop petit. Les deux acteurs deviennent amis pour la vie. Peu après, il rencontre Robert Duvall et avec Dustin Hoffman, le trio passe ses soirées à rigoler et à faire la fête, rêvant de jours meilleurs. De cette époque, Duvall se souvient de leur forte amitié : « Un ami, c’est quelqu’un qui vous offre ses derniers 300 dollars quand vous vous êtes cassé le pelvis. Un ami c’est Gene Hackman ». Pendant sa période de vaches maigres, Hackman accueille Hoffman dans son petit appartement de New York et lui propose de rester quelques nuits avant de trouver son propre appart. Mais Dustin tape l’incruste et Hackman l’aide finalement à trouver son logement.

L’école d’acteurs de Pasadena lui donne la cote la plus basse de tous les élèves (1,3/10) et le juge, encore une fois après l’Université, comme étant celui qui « aura le moins de chances de réussir. » Il la quitte au bout de 3 mois. Dépité, il part tenter sa chance à New York pour leur prouver qu’ils ont tort. Le voilà reparti dans des boulots à la petite semaine, notamment comme déménageur, portier, vendeur de chaussures pour dames, conducteur de camion.

Un jour, alors qu’il travaille comme portier devant un grand magasin, d’ex-compagnons de l’armée le croisent et lui lancent : « Hackman, pauvre fils de pute. » Rebelote quand il croise, encore par hasard, un professeur de comédie de Pasadena qu’il détestait et qui lui cria avec mépris : « Tu vois, je t’avais dit que tu n’arriverais jamais à rien dans la vie ! » Une remarque totalement déplacée qui lui donnera la rage de survivre : « C'était plus une guerre psychologique, parce que je n'allais pas laisser ces enculés me rabaisser. Je me suis mis la pression pour continuer à faire tout ce qu'il fallait pour obtenir un emploi. C'était comme si j’étais contre eux et en un sens, malheureusement, je le ressens encore » avant de préciser « Je pense que si vous êtes vraiment animé par la passion du jeu d’acteur et que vous le voulez vraiment, vous pouvez réussir. »

En 1961, après 8 ans de galère, Gene Hackman décroche un rôle important dans « Any Wednesay », une pièce de théâtre jouée à Broadway avec une actrice populaire dans le milieu de la scène, Sandy Dennis. Cet engagement lui ouvre les portes de la télévision et du cinéma. En 1962, un drame personnel le frappe quand il apprend le décès brutal de sa mère, morte brûlée vive après avoir allumé une cigarette et s’être endormie. Le jeune acteur poursuit son chemin en jouant des petits rôles dans plusieurs séries télévisées, la plupart inédites en Europe (voir filmographie plus loin). En 1964, Warren Beatty tient le rôle principal de « Lilith », drame romantique et dernier film de Robert Rossen. Impressionné par la présence d’Hackman, Beatty se lie d’amitié et l’aide à lancer sa carrière.


UN ASCENSION VERS LE GRAND ECRAN

A partir du milieu des années 60, le comédien alterne régulièrement télévision et films de cinéma. Il joue ainsi un second rôle de sergent dans un film de guerre patriotique « Chef de Patrouille » (First to fight) puis un flic dans un polar à voir, « A covenant with death », aux côtés de George Maharis (la série « Route 66 » dans laquelle il a tenu un petit rôle). Le cinéma commence à s’imposer comme une évidence. L’année 1967 marque un tournant décisif dans sa carrière. Sa prestation dans le non-conformiste « Bonnie and Clyde » retient l’attention. Il y campe le frère de Warren Beatty, à la fois drôle et brutal en braqueur de banques. Le voilà nommé à l’Oscar du Meilleur second rôle, sans remporter la statuette.

Il continue d’enchaîner les seconds rôles, surtout de méchants dans plusieurs séries télé populaires comme la série western « Le cheval de fer » et celles du producteur Quinn Martin : « Sur la piste du crime » et « Les Envahisseurs » (1967, saison 2, épisode 7, « Les spores »). Son incarnation d’un inquiétant extra-terrestre reste mémorable. Dans les années 60, le comédien fait partie des rares, avec Lee Marvin et Steve McQueen, à réussir le difficile passage du petit au grand écran. Mais, à l’inverse de ses collègues, comme second rôle. Entre 1968 et 1971, il reste le « second rôle qu’on remarque » dans le film de braquage « Le crime c’est notre business » (The Split, 1968) puis « La mutinerie » (Riot, 1969), film carcéral attachant et réaliste où l’équipe tourne dans une authentique prison en Arizona avec de vrais prisonniers. Il y partage l’affiche avec l’ex-star de foot américain Jim Brown (« Les Douze salopards », « Les 100 fusils »). A découvrir.

Après « Bonnie & Clyde », Hackman commence à retenir l’attention du grand public. Malgré son physique qui n’est pas celui d’un jeune premier ou d’une « belle gueule », sa physionomie banale et ses airs d’Américain moyen à la calvitie naissante plaisent aux spectateurs, notamment dans « Les parachutistes arrivent » (The Gypsy Moths, 1968) avec Burt Lancaster. Dans ce drame réussi où une équipe de parachutistes réalise des tournées aériennes à travers les Etats-Unis, à la manière d’un cirque, le cinéaste John Frankenheimer filme au plus près des émotions. Un film devenu culte dans le milieu des « skydivers », bien avant « Point Break » (1993) tant ses scènes aériennes sont réussies.

Suit un film sportif pas mal du tout avec des scènes de glisse terribles : « La descente infernale » (Downhill racer, 1969) avec Robert Redford. Hackman y incarne un coach de ski particulièrement exigeant. Casting impressionnant enfin dans le claustrophobique « Les naufragés de l’espace » (Marooned, 1969), sorte de pré- « Apollo 13 » avec Gregory Peck, Richard Crenna, David Janssen. Basé sur le roman de Martin Caidin (« Cyborg » qui donnera la série tv « L’homme qui valait milliards ») et scénarisé par Mayo Simon (la série télé « L’homme de l’Atlantide »), le film remporte l’Oscar des meilleurs effets spéciaux, huit ans avant le premier « Star Wars » (1977).

La télévision l’attire toujours et on lui propose le rôle principal de la sitcom familiale « The Brady Bunch » (1969/74) mais son agent lui déconseille pour ne pas se faire enfermer dans un rôle trop « collant » qui nuirait à son ascension vers le cinéma. Suit un film particulièrement touchant mais hélas méconnu : « Je n’ai jamais chanté pour mon père » (I never sang for my father, 1970). Avec beaucoup d’émotion et un jeu profondément viscéral, Gene Hackman montre une nouvelle facette de son immense talent dans le rôle d’un fils sensible confronté à un père irascible. Un drame poignant à découvrir tant on a l’impression que l’acteur a puisé dans sa propre expérience, suite à l’abandon par son propre père. A propos de son passé familial, il déclara avec humour : « Les familles dysfonctionnelles ont engendré un certain nombre de très bons acteurs. » Le comédien reçoit une seconde nomination comme Meilleur acteur dans un second rôle, sans à nouveau remporter l’Oscar.

Eclectique, Hackman n’a pas peur de jouer toutes sortes de personnages. Après avoir été soldat, flic, braqueur de banques, extra-terrestre, coach sportif, astronaute, fils transi ; le voilà en médecin délaissant sa femme dans « Femmes de médecins » (Doctor’s Wives, 1971), sorte de prélude à « Desperate Housewives » où il retrouve Richard Crenna. A la fois amusant et gore, cette comédie teintée d’humour noir était très moderne pour l’époque et se laisse voir avec plaisir. Ensuite, l’acteur monte d’un niveau en étant particulièrement inquiétant en vicelard sexuel dans « Les charognards » (The Hunting Party, 1971), western ultra-violent avec la superbe Candice Bergen qu’il retrouvera à plusieurs reprises ensuite. Après ce film, Hackman voulait désespérément jouer le rôle de « Klute » (1971), brillant film policier d’Alan J. Pakula (« Les hommes du Président ») avec Jane Fonda mais celle-ci lui préféra Donald Sutherland.


LE RÔLE QUI CHANGE TOUT

Gene Hackman semble se résigner à jouer l’éternel second rôle jusqu’à ce qu’un film inhabituel lui soit proposé par un réalisateur hors-normes, William Friedkin (« L’exorciste »). Aux yeux de l’acteur, « French Connection » n’est pas pour lui : il trouve le personnage du flic « Popeye » Doyle trop violent et surtout raciste (la scène du début où, déguisé, en Père Noël, il tabasse un afro-américain et le menace sans retenue). Malgré tout, il accepte parce qu’on lui offre le premier rôle. S’inspirant de la vie de deux vrais flics, par ailleurs consultants sur le film, Hackman rencontre son « modèle » avec qui il ne s’entend guère mais s’en inspire pour donner vie à son personnage. Tourné en 1971 à l’arrache dans les rues de New York, par un froid de canard, la production connaît de nombreux problèmes. Voyant les difficultés s’accumuler, il ne le sent pas et quitte le film au bout du 2ème jour de tournage. Son agent le convainc pourtant de le reprendre, certain qu’il sera bon pour sa carrière.

Malin, Friedkin utilise toute la rage et la frustration de l’acteur pour nourrir le personnage du flic impuissant face aux trafiquants de drogue mené par Fernando Rey. Sur les bonus accompagnant l’édition Blu-Ray de « French Connection » (à éviter tant le pressage et le grain sont infects), Gene Hackman raconte qu’il avait vraiment la trouille au moment du tournage de la scène où il aligne une série de crapules contre un bar pour vider la came de leurs poches. Friedkin lui avait fait croire que c’étaient des criminels endurcis pour que le comédien donne le meilleur de lui-même. En réalité, il s’agissait de vrais flics. La supercherie découverte, le comédien avoua son soulagement.

Très original pour l’époque, ce polar urbain étonne par son style nerveux, filmé à l’épaule, sur les lieux où se passent de vrais trafics. Sans oublier sa poursuite incroyable en voiture, digne du « Bullitt » (1968) avec Steve McQueen. Si le film a pris un coup de vieux alors que « L’Inspecteur Harry », tourné la même année, garde une patte « vintage », il n’en demeure pas moins une source d’influence considérable pour de futurs cinéastes majeurs comme Michael Mann. Malgré les galères, Hackman était loin de se douter que ce qu’il considérait comme une petite série B policière allait lui apporter la reconnaissance tant attendue. En 1972, il remporte l’Oscar du Meilleur acteur. « French Connection » rafle encore l’Oscar du Meilleur film, du Meilleur réalisateur, de la Meilleure adaptation pour l’écran et du Meilleur montage. Le succès immense du film change tout pour lui : le voilà désormais considéré comme un acteur de premier plan et une tête d’affiche rentable.

Evidemment, entre le moment où sort « French Connection » et l’Oscar, Hackman continue de tourner. Il est à nouveau très flippant par sa brutalité en flic ripou dans « Cisco Pike » (1972), film « hippie » où Kris Kristofferson joue un musicien forcé de vendre de la came en très peu de temps pour satisfaire les exigences du ripou. On reste dans le registre brutal avec l’efficace mais répugnant « Carnage » (Prime Cut, 1972) où Hackman s’oppose à Lee Marvin sur fond de commerce de viande.

Les années 70 donnent naissance à un nouveau genre : le film catastrophe. Il « surfe sur la vague » qui retourne un navire de croisière dans le mémorable « L’aventure du Poseïdon » (The Poseidon Adventure, 1972). En révérend animé par un esprit de « je gagne mon paradis », survivant contre les épreuves que lui impose Dieu, Hackman domine l’écran. Le tournage se passe difficilement, le comédien étant très exigeant et demande des réécritures constantes du scénario et de son personnage. Ce comportement lui vaut la réputation de « type avec qui il est vraiment difficile de travailler », énervant les réalisateurs par ses exigences et son égo. Pourtant, les choix de l’acteur ont été les bons, le côté sombre de son personnage apporte un « + » indéniable au film. Au final, un carton au box-office. Il avouera par la suite : « J’ai des problèmes avec les metteurs en scène car j’ai un problème avec l’autorité. Je n’étais pas un bon Marine. »


TOUT SAUF DEVENIR UNE STAR

Mais l’acteur est mal à l’aise avec cette image de star de premier plan : « Si je commence à devenir une « star », je vais perdre le contact avec les types normaux que j’incarne le mieux. » Pour enfoncer le clou, il souligne : « J’ai été formé pour être un acteur, pas une « star ». J’ai été entraîné pour jouer des rôles, pas pour frayer avec la célébrité, les agents artistiques, les avocats et la presse. » Très au fait des pratiques du système hollywoodien qui peut faire de vous une star puis un has been du jour au lendemain, Hackman refuse de s’enfermer dans un genre et gère très intelligemment son image. Il sait ce qui lui convient et les rôles qu’il ne tiendra pas. On ne le verra donc jamais dans des rôles d’assassins, ni d’hommes au faible caractère.

Même si le cinéma reste un business, l’acteur reste bien conscient qu’il est important de ne pas jouer que dans des « machines à fric » et qu’il doit étoffer sa filmographie de films plus intimistes (comprenez d’auteur). C’est ainsi qu’il accepte « L’épouvantail » (Scarecrow, 1973) de Jerry Schatzberg. En auto-stoppeur clodo qui fait le voyage avec Al Pacino, il livre une interprétation étonnante et particulièrement touchante, tout en étant drôle (la scène finale du strip-tease dans un café). Ce rôle reste son préféré à ce jour, celui où il a pris le plus de plaisir à s’investir. Le film remporte le Grand Prix au Festival du Film de Cannes mais n’a aucun succès aux USA malgré une excellente critique.

Nouveau flop avec « Conversation secrète » (The Conversation, 1974), chef-d’œuvre dramatique de Francis Ford Coppola. Dans la peau d’un expert en écoutes, Hackman représente à lui seul l’ambiance paranoïaque de ces années-là. Elle transpire de ses gestes tellement il est à fond dans le rôle. Le scandale du Watergate vient d’éclater et le Président Nixon va démissionner. Détail étonnant : ardent supporter dans la vie du parti démocrate, le comédien apprend qu’il figure sur la liste des ennemis de Nixon, ce dont il retire une certaine fierté. Mais ces échecs successifs le dépriment et il se met à boire, s’interrogeant sur la manière dont va se jouer la suite de sa carrière : « Quand vous êtes au top, vous vous sentez immortel. Vous sentez que vous ne pouvez faire aucun mauvais pas, que ce que vous ferez sera toujours bon quel que soit le rôle. En réalité, cette sensation est morte. Vous devez être honnête avec vous-même. »

Il décide donc de la jouer « safe » et de retourner vers des productions assurées de connaître le succès, gros salaire à l’appui, tout en étant réaliste : « Je suis déçu que le succès ne vous apporte pas une sensation comme quand vous avez atteint le sommet de l’Himalaya. » Il refuse ainsi de jouer dans de petites productions qui deviendront des classiques comme « Vol au-dessus d’un nid de coucou » (1975) et « Network » (1976).

Sans doute marqué par l’extrême solitude de son personnage dans ce dernier film, l’acteur poursuit la réflexion sur la solitude dans les grandes plaines du Far-West dans le méconnu « Zandy’s bride » (1974). En fermier cherchant une femme pour l’aider dans le travail, il s’oppose à la belle suédoise Liv Ullmann. Un superbe portrait d’homme et de femme à une époque rude où il n’y avait guère de place pour la romance. Sous-estimé et méconnu, ce bel anti-western mélancolique mérite un coup d’œil. Le comédien n’est pas qu’un abonné aux rôles dramatiques et violents. Dans la vie, c’est quelqu’un de souriant et amusant, ayant beaucoup d’humour. Pour souffler après quelques rôles dramatiques exigeants, il joue - gratuitement - dans « Frankenstein junior » (Young Frankenstein, 1974) de Mel Brooks. Sa prestation en aveugle barbu, pour courte qu’elle soit, est tout bonnement hilarante et donne un nouvel aperçu de son talent pour la comédie.


FILMS EN CASCADE POUR RÔLES AUX ANTIPODES

1975 s’avère particulièrement chargée avec 4 films au compteur. Après « Bonnie & Clyde », il retrouve Arthur Penn dans « La fugue » (Night moves) où il joue un détective privé plutôt cool, chargé de retrouver la jeune Melanie Griffith. Au fil de son enquête, il se retrouve pris dans une sombre histoire. Un privé qui annonce « Magnum » avec Tom Selleck, à la fois tendre et brutal.

Retour au western ensuite avec le chef-d’œuvre de Richard Brooks : « La chevauchée sauvage » (Bite the Bullett). Très attachant en cowboy défenseur des chevaux, il retrouve la belle Candice Bergen après « Les charognards » et rivalise avec James Coburn dans une course de plusieurs milliers de kilomètres. Magnifique et étonnamment moderne, ce western reste un sommet du genre et se doit de figurer dans la collection de classiques de tout cinéphile qui se respecte. D’abord réticent car il n’aime pas le principe de faire des suites, il accepte de reprendre le rôle de « Popeye » Doyle dans la séquelle « French Connection II ». Après « Les parachutistes arrivent », il retrouve le réalisateur John Frankenheimer et tourne à Marseille avec Bernard Fresson. Une suite efficace et réussie, différente de l’original mais qui a pris un léger coup de vieux.

Premier gros faux pas ensuite avec le très pénible « Les aventuriers du Lucky Lady » (Lucky Lady), comédie de Stanley Donen à la gloire de Liza Minnelli où il joue un contrebandier d’alcool pendant la prohibition avec un Burt Reynolds étonnamment maladroit. Une superproduction hollywoodienne qui a dépensé beaucoup d’argent en décors et en bateaux mais d’un ennui total. Un bide à l’arrivée. En échange d’un gros salaire, Hackman a été engagé en dernière minute pour remplacer George Segal. Conscient du fiasco, il s’occupe et se découvre une passion pour le pilotage d’avion. Le matin à l’aube, il se détend avant que ne recommence le tournage.

Si ces trois derniers films ont confirmé sa capacité à pouvoir jouer tous les rôles, Gene Hackman n’a pas encore vraiment montré une face plus sombre de son jeu d’acteur. Nous sommes une dizaine d’années après les assassinats successifs des frères Kennedy et après le succès d’ « A cause d’un assassinat » (The Parallax View, 1974) avec Warren Beatty, le film complotiste a la cote. Le comédien choisit de tourner « La théorie des dominos » (The Domino Principle, 1977) où il campe un ex-taulard chargé d’éliminer un dirigeant sous la tutelle d’un inquiétant Richard Widmark. Injustement boudé, ce film sera un échec à sa sortie mais mérite une nouvelle vision depuis que l’éditeur Eléphant Films en a sorti une magnifique édition en Blu-Ray / DVD (combo). Hackman retrouve à nouveau la belle Candice Bergen après les westerns « Les charognards » et « La chevauchée fantastique ». Elle campe ici son épouse et est affublée d’une horrible coiffure de mémère des années 70 qui ne la met pas en valeur.


SUPERPRODUCTIONS AU PROGRAMME

Dans les années 70, les films de guerre ont encore du succès. Aimant les défis, il tourne dans la superproduction « Un pont trop loin » (A bridge too far, 1977) où il incarne un officier polonais (qu’on voit peu sur 2h48) pendant un épisode important de la Deuxième Guerre mondiale. Casting de prestige avec Michael Caine, Sean Connery, Robert Redford, James Caan, Ryan O’Neal. Vu son passé de vrai Marine, il aime jouer les militaires et se révèle excellent quoiqu’antipathique dans « Il était une fois la légion » (March or die, 1977) de Dick Richards, avec Catherine Deneuve et Terence Hill. A la tête de la Légion étrangère dans les années 20, le voilà aux prises avec une tribu arabe dans le désert. Un bon film de guerre, encore impressionnant par son combat final.

Quelque peu refroidi par l’échec de la moitié des derniers films qu’il a tourné, Gene Hackman reste dans les superproductions. Le voilà dans un rôle où on ne l’attendait pas : Lex Luthor, ennemi juré de « Superman » (1978), inspiré de la bande dessinée des années 40 et réalisé par Richard Donner (les 4 films « L’arme fatale »). A mille lieues de la bd, Hackman livre une composition savoureuse en méchant, à la fois charmant, amusant et bête plutôt que réellement menaçant, évitant de tomber dans le cliché du « vilain à la James Bond ». Refusant de se raser le crâne pour le rôle, il préfère un Luthor chevelu. Un gros succès commercial mais une adaptation qui a mal vieilli et donnera lieu à des suites dispensables où l’acteur jouera encore dans le second (passable) et quatrième (un nanar…).

En 1978 toujours, Steven Spielberg lui propose le rôle principal de « Rencontres du troisième type » mais Hackman refuse car son mariage bat de l’aile et il préfère rester auprès de sa femme et ses trois enfants, éreinté par les longs et lointains tournages. Après avoir refusé le rôle principal des « Dents de la mer » en 1975, il refusera encore un rôle de premier plan dans le premier « Indiana Jones » en 1981 et les deux hommes ne tourneront finalement jamais ensemble. L’acteur est également approché par Robert Redford qui lui propose le rôle du père de famille dans « Des gens comme les autres » (Ordinary People, 1980), son premier film comme metteur en scène. A regret, il confie : « J'aurais adoré jouer dans ce film. Je ne l'ai pas refusé, nous n'avons pas pu conclure d'accord. Je voulais pouvoir donner mon avis sur quelques points et ils étaient prêts à m'en donner quelques-uns, mais pas assez pour que le deal ait lieu. C’est juste une de ces offres qui ont échoué. » Le rôle ira finalement à Donald Sutherland qui lui avait déjà damé le pion avec « Klute ».


PREMIERE RETRAITE

De fait, la vedette se sent lasse et annonce prendre sa retraite du métier d’acteur, déclarant être « fatigué émotionnellement et physiquement par Hollywood ». Une retraite dont le sort vite son vieux copain de « Bonnie & Clyde », Warren Beatty, pour lui proposer un petit rôle dans « Reds » (1981), puissant drame épique suivant un journaliste américain durant la révolution bolchévique de 1917. Fatigué par les rôles dramatiques, Hackman a envie de s’amuser comme dans « Frankenstein Junior » et retrouve la comédie dans le sympa mais oubliable « La vie en mauve » (All night long, 1981) avec Barbra Streisand et un jeune acteur abonné aux comédies, Dennis Quaid.

Après une petite année sabbatique nécessaire, 1983 l’occupe à temps plein avec trois films tournés coup sur coup. Dans « Eureka » de Nicolas Roeg, il joue un chercheur d’or qui devient riche mais est hanté par ses vieux démons vingt ans plus tard. Un film étrange, sorte de drame teinté de mysticisme où on retrouve aussi Rutger Hauer et Mickey Rourke à leurs débuts. Inclassable et plutôt raté, le long métrage ne trouve pas de distributeur et ne sortira jamais aux USA. Déçu, Hackman renoue avec le succès, en second rôle, dans « Under Fire » de Roger Spottiswoode, thriller politique totalement étonnant avec Nick Nolte en photographe de guerre. Une vraie réussite. Il tourne après dans le toujours bon « Retour vers l’enfer » (Uncommon valor) de Ted Kotcheff, réalisateur du premier « Rambo » où on lui avait aussi proposé le rôle du shérif, qu’il refusa. Humain et déterminé, il excelle en militaire qui, à la tête d’une escouade d’ex-vétérans (parmi lesquels Patrick Swayze à ses débuts), organise une opération « search & rescue » pour retrouver son fils prisonnier au Vietnam.

Afin d’éviter la frustration et la colère quand le film dans lequel vous avez joué ne correspond pas à vos attentes, Hackman a compris qu’il fallait trouver un dérivatif. Depuis sa passion pour l’aviation née durant le tournage de « Lucky Lady » en 1975, il se découvre encore un don pour la course automobile et participe à plusieurs compétitions du Sports Car Club of America. En 1983, il participe à une course d’endurance à Daytona (Floride). En 1983 toujours, il remportera la course des célébrités au Grand Prix de Long Beach (Californie). Une année intense mais riche de réussites.

En 1984, il retrouve, pour la seconde fois, le cinéaste Jerry Schatzberg (« L’épouvantail ») dans le méconnu mais attendrissant « Besoin d’amour » (Misunderstood) où, en père veuf occupé par le succès de son entreprise en Tunisie, il délaisse ses deux jeunes fils. L’ainé est incarné par Henry Thomas, le gamin d’ « E.T. ». Le film n’existe pas en DVD mais peut se voir en version originale sans sous-titres sur « You Tube ». Un beau portrait d’enfants en détresse, une œuvre touchante, sans guimauve, subtile sans être tire-larmes. Hackman se met en danger en jouant face à des enfants, ce qui peut se révéler risqué quand le public trouve les gosses très mignons. Mais tel n’est pas le cas ici.

L’acteur change ensuite de style et se met dans la peau d’un ouvrier métallurgiste pour un drame poignant « Soleil d’automne » (Twice in a lifetime, 1985) où il tombe amoureux d’une jolie serveuse qui, à son grand étonnement, partage ses sentiments. Un film encore méconnu, malgré une distribution quatre étoiles avec Brian Dennehy (le shérif de « Rambo »), Amy Madigan, Ally Sheedy et la toujours belle Ann-Margret. Curieusement, là-aussi, ce film n’existe pas en DVD en français et est difficile à trouver pour un prix raisonnable. Dommage car il mériterait une édition digne de ce nom, tout comme « Besoin d’amour », deux films montrant la facette sensible et très attachante du comédien.

En 1985, il retrouve à nouveau Arthur Penn dans « Target » et joue dans un genre qu’il n’a pas encore vraiment abordé : le film d’espionnage. Il y donne la réplique à Matt Dillon, la nouvelle sensation après « Outsiders » et « Rumble Fish » (1983) de Francis Coppola. Le film a vraiment mal vieilli, son ambiance « guerre froide » et sa fin prévisible ne tiennent plus la route. Le moins bon des trois films qu’ils ont tournés ensemble après les formidables « Bonnie & Clyde » et « La fugue ». Il accepte ensuite un second rôle de consultant politique déjanté dans l’ennuyeux « Les coulisses du pouvoir » (Power, 1986) de Sidney Lumet, avec Richard Gere. Un film marquant les débuts au cinéma d’un certain Denzel Washington (mais avec qui Hackman n’a aucune scène ici) et qu’il retrouvera dix ans plus tard.

Si sa carrière semble connaître un premier déclin avec peu de films mémorables, au contraire des glorieuses années 70, Gene Hackman connaît une douloureuse séparation avec sa femme Faye, après trente ans de mariage. Le divorce le laisse sur la paille. L’acteur avoue être fatigué que le public l’associe systématiquement au rôle qui l’a propulsé au premier plan : « Quand je croise des gens en rue, ils continuent à m’appeler Popeye alors que « French Connection » a été tourné il y a 15 ans. J’aimerais avoir un nouveau succès comme ça et aussi un autre diminutif. »


MISERE ET RENAISSANCE

Heureusement, à nouveau, un petit film qui paraît sans envergure va le remettre au-devant de la scène : « Le grand défi » (Hoosiers, 1986) de David Anspaugh (réalisateur de plusieurs bons épisodes de la série « hip » des années 80, « Miami Vice »). L’acteur ne croit pas du tout dans le succès à venir du film et se comporte de façon infernale sur le tournage, criant à qui veut l’entendre que ce sera un bide : « J'ai accepté ce film à un moment où j'avais désespérément besoin d'argent. Je l'ai pris pour toutes les mauvaises raisons, et il s'est avéré être l'un de ces films qui marquent le public. J'étais de cette région du pays et assez étrangement, j'étais au courant de cet événement qui s’est réellement passé. Nous avons filmé à 100 km de l'endroit où j'ai été élevé. C'était donc un sentiment bizarre. Je ne m'attendais pas à ce que le film rencontre un tel succès. » Il est à nouveau épatant dans cette histoire tirée de faits réels où il campe un coach exigeant et déterminé, le genre qu’on aurait aimé avoir dans nos jeunes années. Confronté aux réticences d’un bled qui n’accepte pas de le voir prendre en main l’équipe de basket locale, il les mène pourtant vers une victoire sans précédent. Le film reste encore considéré de nos jours comme un des meilleurs films sportifs.

Hackman joue ensuite un rôle à l’opposé, un infect salaud, gluant et lâche à souhait, dans le palpitant mais suranné « Sens unique » (No way out, 1987), thriller d’espionnage de Roger Donaldson avec Kevin Costner. Les deux acteurs s’entendent bien. Costner souligne que son collègue est « le plus grand acteur avec lequel il ait travaillé » tandis que son aîné dit de Costner : « il me donne envie de refaire du cinéma. » Il se retrouveront brièvement en 1994 pour « Wyatt Earp ».

Après « Chef de Patrouille (1967), « Il était une fois la légion » (1977) et « Retour vers l’enfer » (1983), Gene Hackman renoue avec son passé d’ex-militaire dans « Bat 21 » (1988) avec Danny Glover (« L’arme fatale »). Un solide film de guerre, très humain où, en pilote abattu en plein vol, il survit face aux horreurs du Vietnam. Suit une petite participation à « Une autre femme » (1988), drame bavard de Woody Allen où il campe avec gouaille un amoureux transi de Gena Rowlands.

Suite au succès du « Grand défi / Hoosiers », le comédien se laisse tenter par un nouveau film sportif avec « Split decisions » (1988). Il y incarne le père de deux boxeurs (Jeff Fahey et Craig Sheffer) mais de façon curieusement effacée, son rôle étant mal écrit et la mise en scène assez plate de David Drury ne le met pas en valeur. Le film a mal vieilli au niveau des costumes et de la musique mais a un « esprit Rocky » plaisant. On passe un bon moment sans avoir envie de le revoir. Il tourne ensuite dans un petit film indépendant, la comédie dramatique « Pleine lune sur Blue Water » (Full Moon in Blue Water, 1988). Dans le rôle du tenancier d’un petit bar au Texas, à la fois rêveur et insouciant, Gene Hackman montre à nouveau toute l’étendue de son jeu, capable de passer du rire aux larmes. Il forme un couple adorable avec la délicieuse Teri Garr. A nouveau, voilà un chouette film méconnu à découvrir.

À partir de la fin des années 1980, les producteurs de films le choisissent plutôt comme un acteur de personnages que comme acteur prétendant au rôle principal. Ses films avec son seul nom ne rapportent plus autant d’argent que dans les années 70. Ce qui explique ses nombreux films en tant que second rôle.


L’ENFER RACISTE

Suit le formidable et sans doute le meilleur film de sa carrière (selon moi) : « Mississipi Burning », inspiré de faits réels. Il y incarne avec panache et ténacité un agent du FBI dans le Sud raciste des années 60. Une nouvelle nomination aux Oscars pour le Meilleur acteur, amplement méritée, mais hélas sans statuette à l’arrivée. Il se le fait rafler par son vieil ami, Dustin Hoffman, pour « Rain Man ». Très engagé politiquement et dirigé par un Alan Parker au sommet de son art (« Midnight Express », « Angel Heart »), le film perturbe Gene Hackman car il montre la vraie violence du racisme, hélas encore bien vivace de nos jours sous la Présidence de Donald Trump. Après ce film, l’acteur ne souhaite plus jouer dans des films violents. Il se révèle pourtant incroyable dans la plupart des scènes dont celles où il saisit la paire de testicules d’un odieux raciste, tout en malmenant sévèrement un autre chez un barbier.

Après ce chef-d’œuvre, Hackman choisit de jouer dans deux films ratés avec « Opération crépuscule » (The Package, 1989) d’Andrew Davis qu’on a connu en bien meilleure forme avec « Piège en haute mer » et « Le fugitif ». Aux côtés d’un Tommy Lee Jones sous-employé, il joue un policier militaire qui se fait doubler et doit tenter de stopper une tentative d’assassinat sur un dignitaire ressemblant curieusement à Gorbachev. Au final, un résultat assez plat, trop ancré dans son époque. Ayant sans doute envie de se montrer sous un tout autre jour, il commence ensuite « Loose cannons » (1990), une comédie lourdingue (produite par Aaron Spelling !) où il joue un flic téméraire avec un Dan Aykroyd en roue libre, déjanté en flic souffrant de personnalités multiples. On rit parfois mais le résultat s’avère franchement indigeste. Une curiosité dans sa filmo, à oublier au plus vite.

Heureusement arrive un meilleur film de Mike Nichols (« Le lauréat ») où il tient un petit rôle de metteur en scène dans « Bons baisers d’Hollywood » (Postcards from the edge, 1990), basé sur la vie de Carrie Fisher (la princesse Leia de « Star Wars »). Dans cette comédie douce-amère, Meryl Streep y campe une fille accro aux drogues, fuyant une mère star et par trop égocentrique. On regrette qu’il n’ait pas eu plus de scènes avec Meryl Streep car leur duo est magique à l’écran. Le revoilà ensuite dans un bon petit thriller d’action quelque peu oublié, « Le seul témoin » (Narrow Margin, 1990), remake d’un vieux film noir. Devant la caméra de Peter Hyams (« Outland », « La nuit des juges »), il y joue un flic chargé d’assurer la protection de la belle Anne Archer, témoin gênant d’un meurtre. Un jeu du chat et de la souris débouchant sur une folle course-poursuite en train mais Hackman a 60 ans et se révèle peu crédible dans les scènes de bagarre. Sans doute se ménageait-il en raison d’une alerte cardiaque l’ayant conduit à subir une angioplastie en 1990.


ANNEES 90 MIROIR DES ANNEES 70

Alors qu’on lui propose de jouer le rôle du Dr. Hannibal Lecter dans « Le silence des agneaux » (1991) ainsi que de réaliser le film, il passe son chemin et tourne dans deux films peu mémorables avec « Affaire non classée » (Class Action, 1991), thriller juridique sans relief et « Patriotes » (Company Business), sympathique comédie d’espionnage mal ficelée dont le final tient du téléfilm « cheap » du samedi soir. Fort heureusement, il va retrouver le haut de l’affiche dans deux magnifiques œuvres, encore fort appréciées de nos jours, même s’il joue les seconds rôles mais avec quelle tenue ! Clint Eastwood parvient à le convaincre de jouer à nouveau dans un film violent, le western crépusculaire « Impitoyable » (Unforgiven, 1992) où il nous glace d’effroi dans la peau du sadique Shérif Little Bill Daggett. Un rôle qui lui vaudra de gagner l’Oscar du « Meilleur second rôle ».

N'ayant pas peur de se frotter aux nouveaux talents d’Hollywood, il joue un avocat ambigu qui protège la Mafia et prend le jeune Tom Cruise sous son aile dans le long mais bien rythmé « La firme » (The firm, 1993) de Sydney Pollack (« Jeremiah Johnson », « Tootsie »), tiré du roman de John Grisham. Tom Cruise confia que travailler avec Gene Hackman était une immense joie et un rêve devenu réalité. Il était quelque peu nerveux de se retrouver face à son idole. Les deux acteurs se sont bien entendus sur le tournage même si Hackman garda une petite amertume de ne pas voir son nom en grand sur l’affiche du film.

Après « Impitoyable », il se retrouve un goût pour le western et en tourne trois d’affilée, de qualité très variable avec le plat « Géronimo » (1993) de Walter Hill et l’inabouti « Wyatt Earp » (1994) de Lawrence Kasdan, à nouveau avec Kevin Costner. On retiendra cependant l’outrancier « Mort ou vif » (The Quick and the Dead, 1996) de Sam Raimi. Un western quasiment gore où il pourrait être le frère du shérif d’ « Impitoyable » tant il se révèle aussi odieux et sadique. Et quelle affiche avec Sharon Stone et les déjà presque stars Leonardo Di Caprio et Russell Crowe.

Le tandem de producteurs Don Simpson et Jerry Bruckheimer aligne les méga-succès depuis le début des années 80 avec « Le flic de Beverly Hills » et « Top Gun ». Les voilà aux commandes d’un nouveau blockbuster avec « USS Alabama » (Crimson Tide, 1995). En commandant autoritaire de sous-marin nucléaire (un rôle d’abord proposé à Al Pacino qui le refusa), Hackman se confronte à un nouveau talent ultra-charismatique, Denzel Washington. Leur confrontation est particulièrement intense dans un récit rappelant quelque peu « Les révoltés du Bounty ». La rumeur voulait que les deux acteurs ne savaient pas se piffer et que Washington n’ait pas du tout apprécié qu’Hackman le frappe pour les besoins d’une scène. Or, c’était un coup publicitaire arrangé par le marketing du film pour appâter les spectateurs. Et cela marcha puisque le film coûta 53 millions de dollars pour en rapporter 192 à l’international.

Toujours friand d’un peu de détente après des rôles dramatiques éreintants, Gene Hackman se fait plaisir en jouant un réalisateur de films d’horreur minables dans le déjanté « Get shorty » (1995) avec John Travolta et Danny De Vito. Une comédie sympa mais qui, revue de nos jours, accuse le poids des ans. Friands de faire des remakes à la « sauce US », les Américains nous imposent « Birdcage » (1996), version yankee de « La cage aux folles » avec Robin Williams. A voir pour le plaisir de découvrir Hackman déguisé en femme, à mille lieues de son image de dur mais cette comédie, pourtant mise en boîte par Mike Nichols (« Le lauréat », « Bons baisers d’Hollywood » lire plus haut), n’est pas drôle, ni réussie.


JOHN GRISHAM FOREVER

Après « La firme », d’autres films adaptés de l’œuvre de John Grisham fleurissent dans les années 90 (« Le droit de tuer », « Le client », « L’affaire Pélican »). Hackman joue ainsi dans « L’héritage de la haine » (The Chamber, 1996). Parfait en raciste odieux, il attend sa fin dans le couloir de la mort. Mais son avocat qui est aussi son petit-fils (Chris O’Donnell) entend bien le secouer et l’aider à trouver le chemin de la rédemption. Un rôle à fleur de peau qui va au bout des émotions. L’acteur livre ici une prestation inoubliable, capable de jouer aussi bien les suprémacistes blancs que les flics anti-racistes dans « Mississippi Burning ». Il aurait également mérité un Oscar, n’étant même pas nommé. Un sujet qui dérange…

On ne garde pas un grand souvenir de l’honnête thriller « Mesure d’urgence » (Extreme measures, 1996) où il joue les « Docteur La mort » face à un Hugh Grant peu charismatique. Heureusement, son entente avec Clint Eastwood sur « Impitoyable » était tellement bonne qu’il accepte de jouer à nouveaux les salauds et pas n’importe lesquels puisqu’il s’agit du Président des Etats-Unis en personne dans le très réussi « Les pleins pouvoirs » (Absolute Power, 1997). On oubliera « L’heure magique » (Twilight, 1998), polar plan-plan de Robert Benton (« Kramer contre Kramer ») où il joue un second rôle avec Paul Newman et Susan Sarandon en têtes d’affiche.

Après avoir été contacté pour jouer dans « Jackie Brown » de Quentin Tarantino, ce dernier lui préfère finalement Robert Forster. Le comédien accepte, une première dans sa carrière, de prêter sa voix à un film d’animation « Fourmiz » (Antz, 1998) avec les voix de Woody Allen, Sharon Stone et Sylvester Stallone. Près d’un quart de siècle après « Conversation secrète » (1974), le réalisateur Tony Scott (« Top Gun », « USS Alabama ») imagine ce que serait devenu Harry Caul, l’expert en surveillance incarné avec maestria par Gene Hackman (le magazine « Premiere » a d’ailleurs classé sa prestation comme la 37ème des 100 meilleures de tous les temps). Cela débouche sur « Ennemi d’Etat » (Enemy of the state, 1998), brillant techno-thriller avec Will Smith. Celui-ci reprend un rôle d’abord proposé à Tom Cruise qui, retenu sur « Eyes Wide Shut » de Kubrick », déclina l’offre. Hackman incarne un vieux parano spécialiste du brouillage et on glousse de plaisir quand on voit la NSA sortir son dossier avec la photo de lui en 1974 (Harry Caul dans « Conversation secrète ») même si le nom du film de Coppola n’est jamais prononcé, l’ambiguïté restant totale.

Après « La cage aux folles », Hackman joue dans un deuxième remake d’un film avec Michel Serrault : « Garde à vue » (1981) qui donne « Suspicion » (Under suspicion, 2000). En riche homme d’affaires soupçonné d’avoir violé une gamine, Hackman joue la guerre des nerfs face à Morgan Freeman qu’il retrouve quelques années après « Impitoyable » où il le torturait. Cette fois-ci, les rôles sont inversés et c’est Freeman qui le tourmente jusqu’au bout. Au contraire de « Birdcage », ce remake est une réussite et même s’il diffère de l’original, il reste palpitant de bout en bout. Un choix facile ensuite avec « Les Remplaçants » (The Replacements), comédie passable et sans prétention où il incarne à nouveau un coach sportif, cette fois-ci chargé de trouver des remplaçants de foot américain face à un Keanu Reeves mal dégrossi.


DERNIER BAROUD D’HONNEUR

Bourreau de travail, Gene Hackman aligne pas moins de 5 films en 2001 alors qu’il a 71 ans. Trois comédies, un drame et un film d’action : il tient un court rôle dans « Le Mexicain » (The Mexican) avec Brad Pitt et Julia Roberts puis un second rôle totalement loufoque dans « Beautés empoisonnées » (Heartbreakers) avec Sigourney Weaver. Même si c’est un film mineur dans sa carrière, on rit de bon cœur en le voyant en vieux millionnaire accro à la cigarette et toussant à souhait. Après « Get shorty », il retrouve Danny De Vito dans l’excellent thriller « Braquages » (The Heist) de David Mamet (« Les Incorruptibles »). En spécialiste du casse, il montre tout son charisme et rappelle qu’il a encore du jus.

Dans cette ribambelle de films, il trouve sans doute son dernier plus beau rôle avec « La famille Tenenbaum » (The Royal Tenenbaums) où, en père défaillant, il essaye de se rattraper auprès d’enfants étonnés de le voir débarquer. Le réalisateur Wes Anderson écrit le rôle en pensant à lui mais quand il en fait part à celui-ci, ce dernier insista pour qu’il arrête, préférant créer son personnage lui-même. Mais Anderson s’obstine. Il finit par accepter le rôle et le tournage se passera parfois de manière tendue, en raison de divergences artistiques avec le metteur en scène. Sur le plan personnel, ce rôle de père absent le met mal à l’aise car au fond de lui, il sent que cela lui renvoie sa propre image de père absent. Sa composition remarquable lui vaut de remporter un prix de la critique et un Golden Globe mais aucune nomination aux Oscars. Le film est nommé à 28 prix et en rafle 9. L’année 2001 se termine avec « En territoire ennemi » (Behind Enemy lines), film d’action bien fait et palpitant avec l’improbable Owen Wilson, rencontré sur le tournage de « La famille Tenenbaum ».

En 2002, il tourne le machiavélique « Le maître du jeu » (Runaway Jury), à nouveau tiré du romancier John Grisham, où il joue enfin avec son ami de toujours, Dustin Hoffman. Détail amusant : ce dernier voulait d’abord jouer le rôle de l’ignoble Fitch campé par Hackman et demandait aux producteurs : « Vous ne pourriez pas vous débarrasser de Gene ? » Cet implacable thriller juridique joue subtilement sur la manipulation d’un jury par deux rivaux : John Cusack face à Gene Hackman, vendu aux lobbys. Hoffman joue l’avocat de la défense et n’a pas beaucoup de scènes avec son vieil ami malgré un moment emblématique à la fin. Un très bon film qui résiste bien au passage du temps. Officiellement, son dernier film est la comédie : « Bienvenue à Mooseport » (Welcome to Mooseport) où il campe à nouveau le Président des Etats-Unis (après « Les pleins pouvoirs » d’Eastwood) et donne la réplique au comique Ray Romano (la série « Tout le monde aime Raymond »). Un film sympa sans plus. Après 100 participations à des films et séries, Gene Hackman tire sa révérence.

Comment résumer le parcours d’un acteur qui ne répond pas aux canons hollywoodiens ? Avec son physique banal d’Américain moyen loin des canons de beauté hollywoodiens (ce n’est pas Redford ni Newman), il nous a pourtant offerts quelques-uns des plus beaux moments de cinéma. Dès ses débuts, il n’a jamais eu peur de se mettre au défi, étant à l’aise face à des stars de sa génération à fort charisme comme Burt Lancaster, Lee Marvin, Robert Duvall, Robert Redford, Paul Newman, Clint Eastwood, Richard Harris, Morgan Freeman et Dustin Hoffman. Tout au long de sa carrière, il s’est également confronté à la nouvelle génération d’acteurs en vogue des années 80/90 (Patrick Swayze, Matt Dillon, Tom Cruise, Chris O’Donnell, Denzel Washington, Ben Stiller, Owen Wilson) tout en jouant subtilement avec son image, osant le ridicule dans « Birdcage » comme le déjanté dans « La famille Tenenbaum. » Sa carrière très éclectique ne l’a pas cantonné à jouer dans des suites de ses anciens succès, au contraire des Sylvester Stallone, Mel Gibson et Harrison Ford.

S’il fallait résumer sa manière d’appréhender un rôle, le plus beau compliment vient certainement du réalisateur de « Mississippi Burning », Alan Parker : « Gene est un acteur très intuitif et instinctif ... Le génie de Gene Hackman est qu'il peut regarder une scène et il va droit à l’essentiel et il le fait avec une économie extraordinaire - il est l'acteur de cinéma par excellence. Il n'est jamais m’as-tu vu jamais mais il a toujours raison. »


ET APRES LE CINEMA ?

A 74 ans et après 40 ans d’une carrière intense, Gene Hackman aspirait à autre chose dans la vie, ayant gagné suffisamment de respect et d’argent, n’ayant plus rien à prouver en tant qu’acteur, capable de tout jouer et avec quelle précision (avec pas mal de films à caractère militaire, son expérience dans les Marines l’ayant visiblement beaucoup marqué). Contrairement à Clint Eastwood, il ne voulait pas se voir vieillir sur écran : « Cela me coûte vraiment beaucoup sur le plan émotionnel de me regarder à l'écran. Je pense à moi et je me sens assez jeune, puis je regarde ce vieil homme au menton bouffi et aux yeux fatigués avec la racine des cheveux qui recule et tout ça. »

Très discret sur sa vie familiale, il a peu défrayé la chronique. Quant à sa volonté de mettre un terme à sa carrière d’acteur, il s’en explique comme suit : « Je n'ai pas tenu de conférence de presse pour annoncer ma retraite, mais oui, je ne vais plus jouer. On m'a dit de ne pas dire cela au cours des dernières années, au cas où un rôle vraiment merveilleux se présenterait, mais je ne veux vraiment plus le faire ... La partie acteur me manque car c'est ce que j'ai fait pendant près de cinquante ans et j'ai vraiment adoré ça. Mais le côté « business » du métier est devenu très stressant pour moi. Les compromis que vous devez faire dans les films font partie du système hollywoodien et cela en est arrivé à un point où je n'avais plus l'impression de vouloir le faire. »

Depuis 2004, Gene Hackman coule une retraite bien méritée avec sa femme Betsy Arakawa (depuis 1991) dans leur maison de Santa Fe au Nouveau-Mexique. Il ne passe pas ses journées à jouer au golf ou à voler en avion. Au contraire, il reste très actif mais comme auteur de fiction cette fois puisqu’on peut encore le lire (en anglais) comme auteur de romans historiques et policiers : « Mon grand-père avait été journaliste, tout comme mon oncle. C'étaient de très bons écrivains et j'ai donc pensé que je ferais peut-être un peu d’écriture », précisant encore : « J’aime bien être chez moi le soir en train d’écrire et d’imaginer des histoires, au contraire des films où j’étais loin de chez moi, pris sur les tournages » dans une interview de 2008 visible sur « You Tube ».

Depuis 2004, Gene Hackman a publié 5 livres de fiction, ayant notamment pour toile de fond l’histoire américaine, qui ont très bien marché outre-Atlantique. Le comédien a confirmé qu’il ne compte pas refaire du cinéma même s’il a prêté sa voix, en 2016 et 2017, à deux documentaires consacrés au corps des Marines (évidemment…). Quatre ans après son dernier film, en avril 2008, il annonce publiquement son retrait du métier d’acteur. En 2011, quand il lui a été demandé comment il aimerait qu’on se souvienne de lui, l’acteur répond : « Comme un bon acteur. Comme quelqu'un qui a essayé de dépeindre ce qui lui a été donné de manière honnête. Je ne sais pas, au-delà de ça. Je n'y pense pas souvent, pour être honnête. Je suis à un âge où je devrais y penser. »

Au contraire des personnages souvent brutaux et arrogants qu’il a incarnés dans ses films, Gene Hackman est dans la vie, selon tous ceux qui l’ont approché, un homme timide, extrêmement gentil, aux idées politiques très progressistes et d’une humilité rare. L’acteur de tous les acteurs !


FILMOGRAPHIE

Gene Hackman a joué dans 6 films qui ont été nommés pour l’Oscar du Meilleur film : « Bonnie & Clyde » (1967), « The French Connection » (1971), « Conversation secrète » 1974), « Reds » (1981), « Mississippi Burning » (1988) et « Impitoyable » (1992). « The French Connection » (1971) et « Impitoyable » (1992) ont remporté l’Oscar et ont aussi récompensé Hackman pour ses rôles dans ces deux films.

Il a travaillé avec 10 metteurs en scène qui ont gagné l’Oscar du Meilleur réalisateur : George Roy Hill, William Friedkin, Francis Ford Coppola, Richard Attenborough, Warren Beatty, Woody Allen, Mike Nichols, Clint Eastwood, Sydney Pollack et Robert Benton.

Il a joué dans 7 films qui ont été retenus par le « National Film Registry » de la Librairie du Congrès américain comme étant « culturellement, historiquement et esthétiquement importants : « Bonnie & Clyde » (1967), « The French Connection » (1971), « Conversation secrète » (1974), « Frankenstein Junior » (1974), « Superman » (1978), « Le grand défi / Hoosiers » (1986) et « Impitoyable » (1992).

2004 - Bienvenue à Mooseport / Welcome to Mooseport (Donald Petrie)

2003 - Le Maître du Jeu / Runaway Jury (Gary Fleder)

2001 - En territoire ennemi / Behind Enemy Lines (John Moore)

2001 - La famille Tenenbaum / The Royal Tenenbaums (Wes Anderson)

2001 - Braquages / Heist (David Mamet)

2001 - Beautés empoisonnées / Heartbreakers (David Mirkin)

2001 - Le Mexicain / The Mexican (Gore Verbinski)

2000 - Les remplaçants / The Replacements (Howard Deutch)

2000 - Suspicion / Under Suspicion (Stephen Hopkins)

1998 - Ennemi d’Etat / Enemy of the State (Tony Scott)

1998 - Fourmiz / Antz (Tim Johnson et Eric Darnell)

1998 - L’heure magique / Twilight (Robert Benton)

1997 - Les pleins pouvoirs / Absolute Power (Clint Eastwood)

1996 - L’héritage de la haine / The Chamber (James Foley)

1996 - Mesure d’urgence / Extreme Measures (Michael Apted)

1996 - Birdcage / The Birdcage (Mike Nichols)

1995 - Get Shorty (Barry Sonenfeld)

1995 - USS Alabama / Crimson Tide (Tony Scott)

1995 - Mort ou vif / The Quick and the Dead (Sam Raimi)

1994 - Wyatt Earp (Lawrence Kasan)

1993 - Geronimo / Geronimo: An American Legend (Walter Hill)

1993 - La Firme / The Firm (Sydney Pollack)

1992 - Impitoyable / Unforgiven (Clint Eastwood)

1991 - Patriotes / Company Business (Nicholas Meyer)

1991 - Affaire non classée / Class Action (Michael Apted)

1990 - Le seul témoin / Narrow Margin (Peter Hyams)

1990 - Bons baisers d’Hollywood / Postcards from the Edge (Mike Nichols)

1990 - Loose Cannons (Bob Clark)

1989 - Opération Crépuscule / The Package (Andrew Davis)

1988 - Mississippi Burning (Alan Parker)

1988 - Pleine lune sur Blue Water / Full Moon in Blue Water (Peter Masterson)

1988 - Split Decisions (David Drury)

1988 - Une autre femme / Another Woman (Woody Allen)

1988 - Bat*21 (Peter Markle)

1987 - Sens unique / No Way Out (Roger Donaldson)

1987 - Superman 4 / Superman IV: The Quest for Peace (Sidney J. Furie)

1986 - Le grand défi / Hoosiers (David Anspaugh)

1986 - Les coulisses du Pouvoir / Power (Sydney Lumet)

1985 - Target (Arthur Penn)

1985 - Soleil d’automne / Twice in a Lifetime (Bud Yorkin)

1984 - Besoin d’amour / Misunderstood (Jerry Schatzberg)

1983 - Retour vers l’enfer / Uncommon valor (Ted Kotcheff)

1983 - Under Fire (Roger Spottiswoode)

1983 - Eureka (Nicolas Roeg)

1981 - Reds (Warren Beatty)

1981 - La vie en mauve / All Night Long (Jean-Claude Tramont)

1980 - Superman II (Richard Lester)

1978 - Superman (Richard Donner)

1977 - Il était une fois la légion / March or Die (Dick Richards)

1977 - Un pont trop loin / A bridge too far (Richard Attenborough)

1977 - La théorie des dominos / The Domino Principle (Stanley Kramer)

1975 - Les aventuriers du Lucky Lady / Lucky Lady (Stanley Donen)

1975 - French Connection II (John Frankenheimer)

1975 - La chevauchée sauvage / Bite the Bullett (Richard Brooks)

1975 - La fugue / Night Moves (Arthur Penn)

1974 - Frankenstein Junior / Young Frankenstein (Mel Brooks)

1974 - Zandy's Bride (Jan Troell)

1974 - Conversation secrète / The Conversation (Francis Ford Coppola)

1973 - L’épouvantail / Scarecrow (Jerry Schatzberg)

1972 - L’aventure du Poseïdon / The Poseïdon Adventure (Ronald Neame)

1972 – Carnage / Prime Cut (Michael Ritchie)

1971 - Cisco Pike (Bill Norton)

1971 - The French Connection (William Friedkin)

1971 - Les charognards / The Hunting Party (Don Medford)

1971 - Femmes de médecins / Doctor’s Wives (George Schaefer)

1970 – Je n’ai jamais chanté pour mon père / I Never Sang for My Father (Gilbert Cates)

1969 - Les naufragés de l’espace / Marooned (John Sturges)

1969 - La descente infernale / Downhill Racer (Michael Ritchie)

1969 - Les parachutistes arrivent / The Gypsy Moths (John Frankenheimer)

1969 - La mutinerie / Riot (Buzz Kulik)

1968 - Le crime c’est notre business / The Split (Gordon Flemyng)

1967 - Banning (Ron Winston)

1967 - A Covenant with Death (Lamont Johnson)

1967 - Chef de Patrouille / First to Fight (Christian Nyby)

1967 - Bonnie and Clyde (Arthur Penn)

1966 - Hawaii (George Roy Hill)

1964 - Lilith (Robert Rossen)


TELEVISION

1972 - Laugh-In (TV Series)
Invités : Steve Allen, John Wayne, Carol Channing, Charles Nelson Reilly, Terry-Thomas, Jo Ann Pflug, Gene Hackman - Episode #5.21

1968 - Shadow on the Land (Téléfilm de Richard Sarafian)

1968 - Insight (série tv) - Episode : Confrontation

1968 - Les Espions / I Spy - Episode : Happy Birthday Everybody

1968 - CBS Playhouse - Episode : My Father and My Mother

1967 - Le cheval de fer / Iron Horse - Episode : Leopards Try, But Leopards Can't

1967 - Les Envahisseurs / The Invaders - Episode : Les spores / The Spores

1967 - Community Shelter Planning (court-métrage)

1967 - Sur la piste du crime / The F.B.I. (série tv) - Episode : The Courier (1967)

1966 - Hawk (série tv) - Episode : Do Not Mutilate or Spindle

1966 - Directions (série tv) - Episode : Marriage

1966 - The Trials of O'Brien (série tv) - Episode : The Only Game in Town

1959-1964 - Brenner (série tv) - Episode : Unwritten Law (1964) - Episode : Laney's Boy (1964) - Episode : The Bluff (1959)

1963 - East Side / West Side (série tv) - Episode : Creeps Live Here

1963 - The DuPont Show of the Week (série tv) - Ride with Terror (Téléfilm)

1963 - Route 66 - Episode : Who Will Cheer My Bonnie Bride

1961-1963 - The Defenders (série tv) - Episode : Judgment Eve (1963) - Episode : Quality of Mercy (1961)

1963 - La cité sans voiles / Naked City (série tv) - Episode : Prime of Life

1959-1962 - The United States Steel Hour (série tv) - Episode : Far from the Shade Tree (1962) - Episode : Brandenburg Gate (1961) - Episode : Bride of the Fox (1960) - Episode : Big Doc's Girl (1959) - Episode : The Pink Burro (1959)

1961 - Tallahassee 7000 (série tv) - Episode : The Fugitive (1961)

1961 - Mad Dog Coll