16 juillet 2020
Programme TV

Barry Lyndon : Chef d’oeuvre !

Par Pierre Delarra

Ce soir sur Arte


« Travailler pour Kubrick c’était d’aller à l’école et en plus de toucher un salaire » affirmera John Alcott directeur de la photographie de Stanley Kubrick pour "Barry Lyndon", Martin Scorcese de rajouter : « Regarder un film de Kubrick c’est comme regarder le sommet d’une montagne depuis une vallée. ». Stanley Kubrick aura peu tourné, quinze films en quarante cinq ans, mais quels films !

"Barry Lyndon" est sa neuvième réalisation, il est profondément frustré d’avoir dû renoncer à son projet titanesque "Napoléon" qu’il doit abandonner suite aux refus de la Warner Brothers considérant que le coût exorbitant de la production amènerait le film à un désastre financier mettant par la même la Major Compagny en danger.

Demeurant sur la ligne de "Napoléon", Kubrick entreprend l’adaptation d’une autre œuvre du XVIIIème siècle, un roman de William Makepeace Thackeray « Les mémoires de Barry Lyndon vu par lui-même » qui deviendre le film éponyme "Barry Lyndon". Le projet, des plus ambitieux, sera entièrement tourné en décors d’époque, usant au maximum de la lumière naturelle. Bénéficiant d’une photographie exceptionnelle.

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Kubrick est pour le moins doté d’un caractère perfectionniste fleurtant avec la paranoïa, il renoue avec la NASA (avec laquelle elle avait participé à la production de "2001 l’Odyssée de l’espace") afin d’adapter à sa caméra Mitchell des optiques Zeiss de 50mm donnant aux extérieurs du château des Lyndon un aspect presqu’irréel comparable à la texture des tableaux d’extérieur de l’école anglaise du XVIIIème siècle.

Le casting procède du duo Ryan O’Neal et Marisa Berenson. Pour le rôle masculin le premier choix du réalisateur s’était porté sur Robert Redford se désistant pour le tournage de "La Kermesse Des Aigles" de George Roy Hill. Bankable, Ryan O’Neal vient de terminer "Love Story" le hissant au top ten des stars du box-office hollywoodien, c’est lui qui sera choisi. Marisa Berenson si elle n’est pas encore au firmament n’en demeure pas moins l’actrice parfaite pour incarner le rôle de Lady Lyndon. Ses costumes, son maquillage, ses perruques largement poudrées lui apportent la grâce d’une femme au premier rang d’un monde qui court à sa perte, une des dernières icônes avant le grand tremblement cataclysmique de 1789.

Kubrick voulait faire de son "Barry Lyndon" un film-documentaire sur le XVIIIème siècle désirant restituer la magnificence artistique de l’Europe du Siècle des lumières, un documentaire sur le temps d’avant l’invention du cinéma. Par touches successives de précision et de méticulosités, Kubrick accède à l’épure, le rapprochant à une ambiance propre au cinéma muet. Pas à pas, cadre après cadre il ressert progressivement ce dernier : du plan d’ensemble au plan moyen pour arriver à un plan poitrine Kubrick confère à ses personnages (Barry et Lady Lyndon) un intérêt mutuel vit dépassé par l’envie soutenue, le désir.

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Le désir encore, symbolisé par les scènes d’intérieur, notamment les scènes de parties de cartes. Cette lumière naturelle se renforce par le jeu des flammes des candélabres en une lumière intérieure qui appuie la dichotomie entre l’amour des deux protagonistes et les autres joueurs figés dans un monde au bord de l’effondrement. Pour ces scènes le réalisateur utilise des focales de 50mm donnant aux visages des comédiens de parfaits portraits à la manière des peintres anglais comme Gainsborough, Reynolds ou Constable. La profondeur de leurs regards devient totale et invite le spectateur à succomber aux charmes mélancoliques de Marisa Berenson et de Ryan O’Neal.

La leçon de Kubrick est un incroyable mécanisme huilé à la perfection, il révèle l’amour du couple dans une atmosphère orangée, suave presqu’irréelle qu’aucun film n’aura réussi à égaler. C’est cette tragédie tellement humaine qu’amène Stanley Kubrick à son apogée cinématographique, plaçant par la même son art comme un et entier.

A vos sodas pop-corn et bonne projection !

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