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Charlie Chaplin : Le parangon de la liberté

Par Lucie Remer


 
Il y a un siècle tout juste sortait dans les salles obscures son premier long-métrage, "The Kid". Dans un documentaire inédit intitulé "Charlie Chaplin, le génie de la liberté", Jean-Yves Jeulard et François Aimé dressent un portrait sublime de ce Charlot « citoyen du monde. » Sa diffusion sur France 3 ce 6 janvier dernier fut l’occasion de redécouvrir l’un des plus grands génies du cinéma.


La silhouette de Charlie Chaplin ne trompe personne. Pantalon trop large et veste trop étroite, chapeau trop petit et chaussures trop grandes, ce clochard élégant, à la démarche irrésistible, est aussi célèbre que son interprète. Un personnage né en quelques heures nous dit-on, mais qui vient de loin. Des bas-fonds de Londres plus exactement. Cependant, il ira tout aussi loin, jusqu’à devenir l’un des hommes les plus acclamés de son époque.

Yves Jeulard et François Aimé dépeignent ici le récit d’une vie quasi-romanesque. Tout en archives, le film s’ouvre sur une scène du "Kid", tel un écho à l’enfance miséreuse d’un gamin persuadé d’être un grand. Le déroulé est chronologique et suit le fil d’extraits tirés de ses œuvres. Les propos de l’artiste, en grande partie tiré de son autobiographie, se sont vus accorder une très large place.

La voix de Mathieu Amalric nous relate ainsi la manière dont Charlie Chaplin et son inégalable maitrise du pantomime arrive aux États-Unis pour devenir une star mondiale, puis s’affranchir de la contrainte des studios. Son génie créatif et son acharnement au travail ne cessent ne percer l’écran. Du théâtre, le vagabond passe aux courts-métrages pour finalement lancer sa propre production et ses premiers longs-métrages. Il touche à tout. Acteur, il est aussi réalisateur, chorégraphe, compositeur, scénariste… Sa folie créatrice semble n’avoir aucune limite.

"Je suis citoyen du monde"

Ce documentaire présente un homme à l’œuvre humaniste et sociale. Outre son acharnement, c’est le courage politique et artistique du clown qui frappe. Charlie Chaplin crée des comédies accessibles à tous, « Je ne veux pas que mes films passent dans des salles où le ticket soit supérieur à 5 cents », mais aussi qui s’adressent à tous. L’enfant des rues n’oublie pas ses origines miséreuses et s’engage aux côtés de ceux qui n’ont pas droit de parole. Si ses œuvres sont des comédies, ce sont des comédies satiriques et critiques qui se moquent des puissants et de l’autorité (tel le film "Le Dictateur" par exemple). Un homme engagé oui, mais aussi empli de craintes et de doutes : une peur d’être passé de mode et un intrinsèque complexe social. À ses peurs s’ajoutent quelques traits antipathiques, rappelant à tous que Charlie Chaplin était avant tout un humain.

Mais bien plus que le portrait d’un génie, c’est l’histoire même du cinéma qui nous est racontée. Quand Charlie Chaplin arrive aux États-Unis, l’industrie cinématographique n’est pas plus vieille que lui. « Tout est à inventer. C’est l’aventure. » L’on découvre les premiers studios, les mimiques et gags typiques des premiers films ainsi que les premières grandes figures du septième art. Puis l’on voyage, on s’envole dans des lieux de productions plus grands, on découvre Hollywood, le cinéma parlant, jusqu’au film en couleur et au Cinémascope. La vie de Charlie Chaplin c’est la naissance d’un art et de ses codes.

"La comédie doit être une version du réel"

Ce portrait, c’est aussi le témoignage d’une époque. Une époque de misère dans un des pays les plus riches au monde, une époque marquée par les guerres, les crises économiques, sociales et politiques. Une époque dont Charlie Chaplin fera lui-même les frais : accusé de sympathies communistes, il sera banni des États-Unis, ce pays dans lequel il avait travaillé pendant plus de quarante ans.

Trois années de recherches et onze mois de montage auront été nécessaires à la réalisation de ce documentaire. Un travail de titan que les réalisateurs ont passé à visionner et à sélectionner des séquences inédites. Grâce à internet, le champ de recherche s’est élargi et a permis la découverte de photographies ou d’articles de presse ignorés jusqu’alors. Le descriptif du documentaire l’évoque lui-même : « Des séquences inconnues, des scènes d'anthologie, des trésors puisés dans des dizaines de sources d’archives à travers le monde. » Une pièce unique en somme.

Si le film dure près de deux heures trente, il parait presque court tant la vie du personnage est riche. La succession des images est fluide, les analyses toujours pertinentes et le ton de la voix du conteur apaisante. C’est ému, mais aussi fasciné et inspiré que l’on ressort de ce visionnage, avec l’envie terrible de redécouvrir ces œuvres muettes en noir et blanc. Un film sur l’un des plus grands génies et pionniers du cinéma, sur un homme bourré de talents, d’empathie et d’humanisme, bien que non sans défauts, à voir et à revoir jusqu’au 6 mars sur France TV.

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