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L’Impasse : Impossible rédemption

Par Pierre Delarra

Sorti en 1993, le film de Brian De Palma réunissait Al Pacino et Sean Penn. Un duo à découvrir ou redécouvrir sur TMC Cinéma à partir du jeudi 30 Avril. Il n'en fallait pas plus pour revenir sur ce long-métrage qui ne fut pas une impasse dans la carrière de son réalisateur. Bien au contraire.

Dix années séparent "Scarface" de "L’Impasse". Du paroxystique, lumineux et affolant rôle de Tony Montana au sombre, mélancolique et tout aussi terrifiant personnage de Carlito Brigante ; Brian De Palma réitère tout en le sublimant le rôle du gangster, le hissant à une figure parfaite qui mène le metteur en scène à sa propre apogée.

Brian De Palma va droit au but en suivant les chemins déjà débroussaillés de Billy Wilder ("Sunset Boulevard", "Double Indemnity") de Sam Mendes ("American Beauty") sans oublier Martin Scorcese ("Casino") celui de commencer le film par une fin et de le finir par un commencement. "L’Impasse" est bien une voie sans issue qui ne sera jamais favorable au personnage de Brigante. Il se retrouve joué par la fatalité et ne peut que regarder le piège qui se referme sur sa vie condamnée.

Aucune échappatoire ne pourra le sauver à l’instar de son amour de Gail, la femme idéalisée qu’il voudra sortir des affres libidineuses d’une carrière pour les moins sombres de strip-teaseuse. Le thème de "L’Impasse" est celui de la rédemption, une aventure christique guidée par le rachat et le sacrifice. De Palma retrouve alors les thèmes si prolixes de l’aventure cinématographique hollywoodienne.

Le rachat encore, apporté par l’avocat cocaïnomane David kleinfeld, l’homme à la chevelure complètement improbable n’aura de cesse que de plonger Carlito dans les fêtes déjantées de la Jet Set aux allures déviantes d’orgies. Il se voit contraint d’investir dans la boîte de nuit « El Paraisso » aux allures frauduleuses. Encore un sacrifice qui ne rachètera pas son salut comme un temps d’arrêt avant sa propre chute finale. La délivrance se fait dès lors expiation, oraison funèbre.

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Sean Penn et Al Pacino

Al Pacino parcourt longuement les blocs de Harlem, il délaisse le catogan qu’il juge trop hispanisant au profit de la barbe et du manteau de cuir noir correspondant à la mode de l’époque. Le personnage de Gail revient à Penelope Ann Miller préférée par le metteur en scène à Mélanie Griffith et de Alison Doody. Pour compléter le trio l’extraordinaire Sean Penn incarne l’avocat véreux et drogué David Kleinfeld, il avait déjà tourné sous la direction du réalisateur pour le film "Outrages", réalisé en 1989.

"L’Impasse" est aussi et surtout un hymne à la ville de New-York, une volonté exprimée par l’extraordinaire séquence de dix minutes qui clôt le film. C’est avec une succession de mouvement portés en steady cam et travellings que se termine le film. La fluidité est la signature cinématographique de Brian De Palma qui s’exprime dans la gare de Grand Central avec ces magnifiques vas-et-viens d’escalators guidés en une prodigieuse chorégraphie haletante et soutenue. Une poursuite effrénée qui ne peut que finir par la mort de Brigante.



La boucle du début trouve sa solution avec le dernier regard d’Al Pacino vers une publicité qui prend vie, celle de l’image de la danse de Gail alors qu’il perd la sienne achevant sa propre et sombre tragédie...

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