7 décembre 2019
Programme TV

Major Dundee de Sam Peckinpah avec Charlton Heston

MAJOR DUNDEE

De Sam Peckinpah

Par Peter Hooper

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Ce soir à 22h45 sur Arte !

Après deux films, Sam Peckinpah n’est pas encore le réalisateur qui allait probablement faire le plus couler d’encre, au final beaucoup plus… que de sang ! Son "Major Dundee" est, sans conteste, LE film de transition, celui avec lequel il va opérer le début de sa démythification des clichés Hollywoodiens.

Nous sommes vers la fin de l’âge d’or et les réalisations sont comme les acteurs, vieillissantes. Les grands mythes de l’ouest et des archétypes culturels Américains font de moins en moins recettes, les réalisateurs étant sous l’emprise des grands studios, on assiste de plus en plus à des films de commande, aux intrigues et à la mise en scène redondantes, alors que le spectateur en salle, lui rajeunit.

Le rapport entre la loi et la morale, une nature ouverte et sauvage, la liberté de l’individu sacrifié aux exigences de la collectivité, l’usage de la violence uniquement si nécessaire, les grands héros vertueux, etc. Peckinpah n’en a que faire. Avec son "Major Dundee" il emprunte de nouveaux sentiers avant que le tout Hollywood ne comprenne les attentes du public.

Parler de "Major Dundee" comme un œuvre complexe et intimiste comme j’ai pu le lire très souvent tombe, lorsqu’on connait le « personnage » qu’est Peckinpah, dans le doux euphémisme. "Major Dundee" est le portrait sauvage du dernier grand âge d’or Hollywoodien, au réalisme cru et violent laissant la place aux vicissitudes humaines, mais il n’en demeure pas moins un formidable hommage, subtilement voilé de mélancolie et doublé d’une bonne dose d’ironie.

Pour preuve la scène d’intro d’une incroyable et surprenante brutalité (nous sommes en 1965…) ou l’on découvre le ranch détruit et le régiment massacré. Le chef apache s’adressant à un soldat torturé et pendu par les pieds et lui adressant un provoquant « alors qui va-t-on m’envoyer maintenant ? » enchainé par un plan avec "Major Dundee" incrusté en plein écran, en mode « Vengeur Américain » !

La scène suivante on devine que le soldat est brulé vif avec l’indien qui jette sa torche sous le nordiste, que l’on découvrira effectivement carbonisé à l’arrivée des tuniques bleus… Peckinpah a frappé un très grand coup et il est à présent évidant que les choses vont changer, alors que quelque part dans le désert espagnol Sergio Leone a déjà réalisé "Pour une poignée de dollars" (1964) et sort son "Et pour quelques dollars de plus". Mais restons avec le grand Sam…

Comme preuve de ce sublime hommage aux films sur le grand ouest je n’ai pu m’empêcher d’y voir ce parallèle avec "La Prisonnière du désert" de John Ford, un des plus beaux westerns de l’âge d’or. Avec Ethan Edward (John Wayne) qui revient dans la maison de son frère a la fin de la guerre de sécession, alors que Charton Heston est toujours un Major en campagne. Mais s’adressant à Senta berger « il faudra bien que la guerre ait une fin », elle lui répond « mais pour vous elle durera toujours ».

Edward parti à la chasse aux Comanches, qui retrouve au retour la ferme en flamme, et le cadavre de Martha violée qui devient le soldat pendu de Peckinpah dans le ranch détruit. Comme Dundee (mais neuf ans plus tôt) il va se lancer à la poursuite des indiens pour retrouver des enfants enlevés, en l’occurrence Debbie et Lucy. Des indices laissées sur la route par la jeune squaw par Ford, et que Peckinpah met sur la piste du Major avec ces provocations apaches en forme de croix rudimentaires, en passant par les renseignements pris auprès des mexicains dans les deux œuvres, pas mal de points communs sont criants.

Mais c’est surtout dans le plan final que le réalisateur fait le plus fort. Heston ordonne aux derniers survivants de sa troupe de se retirer, face à l’armée française en surnombre, dans un acte sensé mais tournant ainsi le dos à toute bravoure héroïsée. John Ford, déjà, montrait un Duke laissant tout derrière lui en s’éloignant, mélancolique, de la ferme familiale. Au final ces deux scènes sont incroyablement porteuses d’un même message sur une époque qui change, et sur la volonté de leurs réalisateurs de s’affranchir de certains codes pesants.

Chartlon Heston


Charlon Heston livre une de ses plus remarquable prestation, menton tendu et épaules larges, dans la peau de ce soldat désabusé, en anti-héros errant dans un monde ou la pitié n’a plus de place et ou lui-même cherche la sienne. Pour exacerber sa solitude Peckinpah ne lésine pas sur les plans ou il est cadré seul, ombre majestueuse et puissante d’une des plus grandes stars de l’âge d’or et qui présage de ce que va devenir le western classique : crépusculaire.

Comme il le fera dans toute sa filmographie, Big Sam projette sa propre image, celui d’un être tourmenté, pas en phase avec son époque. A travers des réactions imprévisibles et pas très flatteuses comme lorsque Dundee frappe Tyreen, enchainé. Ou de son addiction aux femmes et à l’alcool reflétée à travers cette scène ou le Major, alors épris de Teresa Santiago (Senta Berger), empoigne la jeune mexicaine qui le soigne (Peckinpah était un grand habitué des bordels mexicains…), avant d’être surpris par sa belle puis de contempler sa bouteille de whisky comme un possible échappatoire.

Face à lui Richard Harris (extraordinaire) est probablement le personnage le plus Fordien, ce qui pourrait justifier le sort final que lui réservera Peckimpah, comme un parfait symbole. James Coburn campe un éclaireur très iconique avec sa veste a frange, bras coupé, couteau en bandoulière, bandana et chapeau ; Senta Berger, elle, est d’une beauté a coupler le souffle.

"Major Dundee", enveloppé par le score tambourinant de Daniele Amfitheatrof, est, à mes yeux, un formidable western épique, traversé par de somptueux morceaux de bravoure, l’ensemble magnifié par la magie du scope. Certaines longueurs, bien que nécessaires pour développer la caractérisation des personnages, ont contribué à une réputation moyenne, tout comme des scènes d’action un peu raccourcies (surtout la confrontation avec les apaches), pour ce qui n’a rien d’une œuvre contemplative (re-visionné dans la version restaurée de 122mn).

Peckinpah nous livre sans équivoque un des derniers grands films d’aventure « à l’ancienne », celui du passage vers le new Hollywood des 70’s, loin des metteurs en scène traditionnels, fabricants d’histoires à la solde des studios. Quatre ans plus tard, il fera galoper une certaine « horde sauvage » qui piétinera définitivement le western poussiéreux… La légende est en route !

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