23 septembre 2019
Séries

Hunter avec James Franciscus

HUNTER

(1977)

La présentation de la série Hunter par Christophe Dordain



Attention ! Un programme à ne pas confondre avec un autre au titre similaire, produit par Stephen J. Cannell au cours des années 80. Ici, place à une série mettant en vedette James Hunter et Marty Shaw, deux spécialistes du contre-espionnage, travaillant à Santa Barbara sous les ordres de Monsieur Baker.

 
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James Franciscus.

 

L'ESPIONNAGE : DU GRAND AU PETIT ECRAN

C'est en 1962 que sort sur les écrans "James Bond contre Docteur No" qui, réalisé avec des moyens modestes aux studios anglais de Pinewood, et avec un jeune comédien inconnu de 35 ans répondant au nom de Sean Connery, rencontre un succès mondial. Revanche de l'Occident sur la guerre froide qui bat alors son plein, les romans d'espionnage sont à la mode, depuis les années 50, avec leurs héros cyniques qui n'aiment que l'action et les femmes.

De nombreuses adaptations ont déjà vu le jour, notamment en Angleterre, et surtout aux États-Unis où un premier James Bond, "Casino Royale", a été adapté pour la télévision en 1956 avec Barry Nelson dans le rôle principal, une étape importante qui rappelle l'intérêt précoce de la télévision pour ce type de héros.

La France ne demeure pas en reste avec la série des "Lemy Caution" incarné par Eddie Constantine sous la direction de Bernard Borderie ou celle des "Monocle noir" de Georges Lautner avec Paul Meurisse, des "Gorille" avec Lino Ventura puis Roger Hanin, sans oublier Hubert Bonnisseur de la Bath, alias O.S.S. 117, dans les films mis en scène par André Hunebelle et interprétés par Frederick Strafford.

Parallèlement à la célèbre série qui a suivi "James Bond contre Dr No", le filon du film d'espionnage va être exploité par des producteurs du monde entier. Aux États-Unis où le mythe de l'espion est en pleine expansion, Daniel Mann et Gordon Douglas réalisent, en 1966, puis en 1967, deux adaptations des aventures de Derek Flint avec un James Coburn impérial en imitation de James Bond pince-sans-rire. Ajoutons également "Matt Helm", incarné par Dean Martin, et dirigée par Henry Levin.

Cette vague d'espionnite aiguë finit inévitablement par toucher le petit écran avec le développement de séries bénéficiant de budgets souvent importants telles que : "Des Agents très Spéciaux" avec Robert Vaughn et David McCallum(1964/1968), "Les Espions" avec Bill Cosby et Robert Culp (1965/1968) et "Les Mystères de l'Ouest" avec Robert Conrad et Ross Martin (1965/1969).

Autant de programmes qui vont mettre le mythe à la mode américaine. L'humour débridé et parodique remplace l'humour anglais que l'on retrouve quand même dans "Chapeau Melon et Bottes de Cuir" (1961/1969), tirant ces séries vers un style plus "comics" avec des lumières plates, faisant ressortir les couleurs vives, et une profusion de gadgets parmi les plus fous.

Toutefois, malgré l'importance prise par ce phénomène, un constat est nécessaire quant à l'importance des séries télévisées d'espionnage dans le paysage audiovisuel, importance qu'il ne faut pas grossir de façon démesurée. Sur le petit écran, les différentes séries d'espionnage produites depuis des décennies ont bénéficié d'une énorme popularité, c'est une évidence, certaines de ces séries finissant même par décrocher le statut envié de série-culte.

Cependant, le genre espionnage n'a jamais été aussi bien représenté que celui des westerns, des drames médicaux et des programmes policiers. Cela étant, les séries d'espionnage peuvent revendiquer un certain nombre de réussites, notamment le fait d'avoir donné pour la première fois un rôle majeur à un acteur noir (Bill Cosby dans "Les Espions"), à une femme ("Annie, Agent très Spécial" avec Stéfanie Powers), voire à un russe (David McCallum dans "Des Agent Très Spéciaux"), et ce moins de trois ans après la crise de Cuba !

Ainsi, au-delà de la période dorée des années 1960, les espions en tous genres ont été de loin dépassés en nombre par les figures plus traditionnelles des policiers et des détectives privés. Même lorsqu'ils apparaissent, ces espions (ou "agents secrets") sont souvent dépeints en tant que combattants internationaux du crime, ce qui est notamment le cas pour la série "L'homme de Vienne", jouée par Robert Conrad, lors de la saison 1972/1973, plutôt qu'en tant que véritables agents agissant de façon clandestine.

C'est pourquoi, on compte peu de programmes relevant typiquement de l'espionnage. La plupart des séries que nous ayons pu voir en tant que spectateur relevant d'un mélange de plusieurs catégories, fusion typique de la culture américaine pour les deux premiers cas cités : le western ("Les Mystères de l'Ouest") et la comédie ("Max la Menace").

Quant au fantastique, il n'a pas échappé à la règle ("Chapeau Melon et Bottes de Cuir" ou "Le Prisonnier", certes d'origine anglaise mais très rapidement conçues en pensant à une diffusion sur les réseaux américains d'où une adaptation du format sans pour autant vendre leur âme (analyse confirmée par Cynthia W. Walker dans son article intitulée "Spy Programs" et publié pour le compte de l'U.C.L.A, article qui a grandement facilité le travail de l'auteur de ces lignes).

Ainsi, à la fin des années 1970, la plupart des séries d'espionnage visibles sur le petit écran s'inspiraient-elles d'un double courant. Soit le réalisme avec l'exemple de "Hunter" traitée dans le présent dossier, interprétée par James Franciscus, en 1977, ou encore "Matt Helm", avec Anthony Franciosa, deux ans plus tôt. Soit la débauche de moyens dans un style James Bond avec "Sloane, Agent Spécial", en 1979.

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Linda Evans

 

LA PRODUCTION DE LA SERIE

Ceci dit ou plutôt écrit en guise de long mais nécessaire préambule, intéressons-nous désormais aux aventures de Jim Hunter et de la délicieuse Marty Shaw.

La grande particularité de "Hunter" réside dans le fait que cette série ait été lancée afin d'en remplacer une autre. En effet, pour la grille des programmes de la saison 1976/1977, le réseau CBS avait mis en chantier (en collaboration avec Lorimar Productions) la série "Executive Suite", produite par Norman Felton, Stanley Rubi, et Rita Lakin.

Ce programme dépeignait les luttes de pouvoir au sein de la société Cardway basée à Los Angeles (voila qui préfigure quelque peu "Dallas", non ?). Toutefois, l'audience escomptée n'étant pas au rendez-vous, la série est annulée au bout de 19 épisodes diffusés du 20 septembre 1976 au 11 février 1977. Les deux derniers disponibles demeurant dans les cartons des producteurs.

Aussi, pour compléter sa grille jusqu'à la pause estivale, CBS lance alors une nouvelle série d'espionnage : "Hunter". Pour concevoir les intrigues de cette nouvelle série, Lee Rich et Philip Capice, les producteurs en cheville avec Lorimar, s'appuient sur une idée développée par William Blinn au début de l'année 76.

Ce concept avait donné lieu à la conception d'un pilote de 90 minutes diffusé le 14 septembre de la même année. Malheureusement, le public n'avait guère apprécié ce téléfilm. Faute d'audience suffisante, le projet "Hunter" était donc provisoirement abandonné avant de renaître soudainement de ses cendres, tel le Phoénix, suite à l'échec d'"Executive Suite".

Pourtant, le pilote de "Hunter" avait des atouts très solides à mettre en avant. En plus des deux comédiens principaux, la participation de Broderick Crawford dans le rôle de Monsieur Meeker (le grand patron des services secrets dont dépendent les agents Hunter et Shaw).

Ajoutons également le travail reconnu du réalisateur Tom Gries (créateur de la série guerrière "Commando du Désert", diffusée entre 1966 et 1968, avec Christopher George). Un très solide artisan du western notamment : revoyez à ce sujet "Les 100 Fusils" avec Jim Brown et Burt Reynolds ou encore "Le Solitaire de Fort Humbolt" avec Charles Bronson et vous serez convaincu(e)s.

Néanmoins, rien n'y fait. "Hunter" n'est pas programmée pour une longue diffusion à la rentrée 1976, mais la série revient, comme par miracle, au début du printemps 1977 dans les circonstances que vous connaissez désormais.

Dés les premiers épisodes, l'intrigue et les motivations des héros sont aisées à cerner : James Hunter et Marty Shaw sont des agents secrets opérant dans la plus grande discrétion bien loin des fastes bondiens. En cette fin des années 70, et à un moment où on observe un regain de tension entre les deux superpuissances que sont l'URSS et les USA, Hunter et Shaw interviennent pour protéger les intérêts de leur patrie.

Cependant, on ne sent pas chez eux une pointe de patriotisme. Hunter et Shaw sont avant tout des techniciens efficaces dont la grande particularité est l'amour qui les unit. Et c'est là, où, "Hunter" se démarque des autres séries d'espionnage mettant en vedette un couple : après le duo James West/Artemus Gordon dans "Les Mystères de l'Ouest", après l'association blanc/noir avec Bill Cosby et Robert Culp dans "Les Espions", place est faite désormais au couple formé par James Franciscus et la très belle Linda Evans.

Le générique de "Hunter" nous indique en quelques phrases comment s'est constitué ce couple d'agents secrets. James Hunter est un libraire, spécialiste en livres anciens. Il tient boutique à Santa Barbara. Il a été jadis le responsable d'un réseau d'agents très actif en Europe.

Ce dernier aspect est notamment souligné dans l'épisode "Corruption" au cours duquel Hunter nous apprend qu'il a dirigé des missions dangereuses en Yougoslavie et à Berlin-Est à la fin des années 60. Peut être y a-t-il croisé un certain Jake Webster... (voir la série "L'Homme de Vienne" avec Robert Conrad).

Quant à Marty Shaw, elle exerce la profession de mannequin. Derrière ses activités officielles, se cache une profession bien plus sombre, celle d'agent du contre-espionnage agissant pour le compte du gouvernement américain et obéissant aux ordres d'Harold Baker.

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Linda Evans et James Franciscus


LA DIFFUSION

Mise à l'antenne après la fin de "Executive Suite", dès le 18 février 1977, le vendredi soir, à 22h, la série "Hunter", malgré d'indéniables qualités scénaristiques et télévisuelles, ne parviendra pas à tenir la distance. Elle finira par être annulée au bout de trois mois. Toutefois, il faut savoir que cette case horaire était réputée comme étant l'une des plus difficiles à la télévision américaine pour imposer une nouvelle série au grand public.

En France, c'est en 1979 que les aventures de James Hunter sont diffusées pour la première fois. Suivront de multiples rediffusions en 1980, 1982, 1983 et en 1984. A notre connaissance, seuls les 13 disponibles ont été doublés, mais pas le pilote (information qui demeure à vérifier).

On observe donc que, dans notre chère contrée hexagonale, "Hunter" aura connu un succès bien différent que dans sa patrie d'origine. Pourquoi ? La réponse est simple : imaginez en 1979 une télévision française avec seulement 3 chaînes disponibles... Imaginez la passion que peuvent susciter les enquêtes palpitantes et singulièrement "toniques" d'un Commissaire Maigret (ceci écrit avec le plus grand respect pour le regretté Jean Richard)...

Imaginez alors une série américaine débarquant avec tout son punch, un thème musical signé Richard Shores (d'une redoutable efficacité); des scènes d'action comme toujours soigneusement valorisées (comme dans l'épisode 4 : "Le Complot"); un doublage de haute tenue avec un casting de voix qui, aujourd'hui, a presque une valeur de patrimoine (l"humoriste Laurent Gerra ne l'a t-il pas compris, lui qui, dans ses spectacles, rend hommage aux doubleurs notamment de séries ?), etc.

Vous comprenez maintenant tout l'intérêt que revêt une redécouverte de "Hunter"... Et vous, mesdames et Messieurs les responsables des chaînes, notamment du câble et du satellite, un peu de curiosité que diable ! Et les éditeurs de DVD ? Ou êtes-vous ?

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Un espion des années 70.


LA DISTRIBUTION

James Franciscus

Né le 31 janvier 1934, à Clayton, dans le Missouri, James Franciscus est très vite attiré par le sport et le théâtre. Tout en devenant un joueur de base ball apprécié et une véritable star du football américain, il emploie son temps libre à suivre des cours d'art dramatique.

Poursuivant ses études à l'université de Yale, il opte finalement pour une carrière artistique et devient rapidement un "jeune premier" très recherché. Toutefois, c'est surtout le petit écran qui a permis au comédien de construire un parcours impressionnant.

Parmi ses principales prestations à des séries télévisées, les plus remarquables sont :

- "Naked City" (30 septembre 1958 au 29 septembre 1959, sur ABC);
- "The Investigators" (21 septembre au 28 décembre 1961, sur CBS);
- "Mr Novak" (24 septembre 1963 au 31 août 1965, sur NBC);
- "Longstreet" (16 septembre 1971 au 10 août 1972, sur ABC) dans le cadre de laquelle James Franciscus incarnait Michael Longstreet, un curieux agent d'assurances (puisque aveugle) qui est aidé dans quelques unes ses enquêtes par Li Tsung (dont le rôle était tenu par Bruce Lee. Il apparaît dans 4 des 23 épisodes que compte la série);
- "Doc Elliot", une série produite par Lee Rich (diffusée du 10 octobre 1973 au 14 août 1974, sur ABC).

James Franciscus est décédé en 1991 à la suite d'une longue maladie.

Linda Evans

De son vrai nom Evanstad, Linda Evans est née le 18 novembre 1942 dans le Connecticut, à Hartford très précisément, au sein d'une famille très modeste.

Pour pouvoir aider sa mère qui est veuve, Linda se lance très tôt dans le monde du travail et fait sa première apparition télévisée dans un épisode de "The Bachelor Father", avec John Forsythe, son futur mari dans la série "Dynastie".

Elle devient ensuite l'une des vedettes de "La Grande Vallée" où elle joue aux côtés de Barbara Stanwyck, puis s'éclipse durant des années, suite à son mariage avec John Derek.

Après son divorce, elle annonce publiquement son intention de retravailler et les chaînes de télévision américaines s'empressent de lui chercher un rôle. CBS fait même écrire à son attention une série inspirée du film "Géant" qui s'intitulera... "Dallas".

Elle est finalement écartée du projet et, ironie du sort, ABC l'engage deux ans plus tard à la place d'Angie Dickinson pour jouer dans la série concurrente de Dallas : "Dynastie".

Ralph Bellamy

Né le 17 juin 1904 à Chicago, Ralph Bellamy nous a quittés le 29 novembre 1991, à Los Angeles, en Californie. L'une des dernières grandes prestations du comédien fut sa participation à "Pretty Woman", en 1990 ,aux côtés de Richard et de Julia Roberts.

Homme d'une forte stature et d'une incontestable présence, il débute sa carrière en 1931 et participe à plus de cent films et autant d'épisodes de séries télévisées.

Pour le petit écran qui nous préoccupe ici, il incarne Mike Barnett dans les 83 épisodes de la série "Man Against Crime", entre 1949 et 1954, l'une des premières grandes séries policières de la télévision américaine. Il a également interprété le Président Roosevelt dans la série "Le Souffle de la Guerre", en 1988.

Enfin, les cinéphiles n'ont pas oublié sa mémorable prestation dans le film "Un Fauteuil pour Deux" de John Landis, aux côtés de Eddie Murphy et de Dan Aykroyd, c'était en 1983.

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Hunter en pleine action



FICHE TECHNIQUE

Développée par : William Blinn
Produite par : Christopher Morgan
Producteurs exécutifs : Lee Rich, Philip Capice
Responsable de la production : Lynn H. Guthrie
Supervision de la production : Neil T. Maffeo
Coordination de la production : Connie Sanchez
Assistant de production : Fred Gerber
Conseiller aux scénarios : David Shaw
Supervision des scénarios : George Bellak
Supervision des scripts : Vivian Jones
Casting : Barbara Miller
Coordination des Cascades : Glenn Miller
Direction artistique : Jan Van Tamelen
Musique : Richard Shores
Directeur de la photographie : Fred Jackman
Opérateur Caméra : Frank R. Hale
Assistant-réalisateur : Leo "Hap" Weyman
Décors : Theodore Lake
Coordination de la construction : Al Roth
Maquillage : John Inzerella
Coiffures : Gloria Algeo
Costume masculins : Bill Tiegs
Costume féminins : Linda Henrikson
Supervision du montage : Gene Fowler
Montage : Gordon D. Scott, Bernard Balmuth, David Blangsted, Michael A. Hoey
Montage des effets sonores : Victor Guarnier
Montage de la musique : Richard Lapham
Mixage sonore : Harlan Riggs
Création du générique : Ken Rudolph
Couleur par : Movielab
Production : Worldvision pour Lorimar Productions tournée aux studios Burbank et en extérieurs à Los Angeles, Californie (1976/1977)

 

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