22 septembre 2021
Séries

Le Caméleon : La série

Par Julien Leconte

Il existe des êtres doués d'une intelligence supra-normale, des génies qui possèdent notamment la faculté d'assumer n'importe quelle identité. En 1963, les chercheurs d'une entreprise appelée "Le Centre" ont mis en isolement un de ces êtres, un jeune garçon nommé Jarod, et exploitèrent son génie pour des recherches secrètes. Mais, un jour, le "Caméléon" leur échappa...

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LA SERIE

Le Caméléon, c'est Jarod, un individu doté d’une intelligence hors-du commun et capable de prendre l'identité de n'importe qui. Echappé du Centre qui l’a maintenu prisonnier et « entrainé » durant des années, il cherche désormais à retrouver son identité et sa famille, combattant les injustices durant son périple, et découvrant les plaisirs simples d’une vie d’homme libre. A ses trousses, une équipe formée d’une agente froide et implacable : Miss Parker, de l’ancien « professeur » de Jarod, Sydney, et de Broots, touche à tout en informatique.

Né sous la patte de Steven M Long et de Craig Van Sickle, duo de créateurs dont la collaboration remonte aux années 80, "Le Caméléon" arrive sur la chaine NBC le 19 septembre 1996. Forts de leur expérience chez Stephen J. Cannell grâce à la série "Cobra" (1993-1994, 1 saison), le duo scénarise la quasi-totalité de la série, et deviennent les producteurs exécutifs du show. Assez classique sur le papier, respectant les grandes lignes des séries grand public et ses thèmes de prédilection (famille, justice, innocence, philanthropie) et flirtant souvent avec le formula-show (à chaque épisode, Jarod prendra une nouvelle identité pour aider ceux dans le besoin), "Le Caméléon" se révèle pourtant rapidement être une série à vocation feuilletonnante.

Si "Le Caméléon" trouve ses racines dans une autre série populaire, "Le Fugitif" avec David Janssen (1963/1967), il s’en éloigne rapidement (dès le deuxième épisode), évitant l’ « héros-centrisme » et la cavale justicière pleine de bons sentiments pour s’intéresser à une pléthore de bad-guys potentiels. Car le personnage principal s’efface ainsi régulièrement au profit des autres personnages, tous plus énigmatiques les uns que les autres. Nuancés, ils permettent à la série de trouver un souffle bienvenu en évitant régulièrement le manichéisme (même si on se doute que certains personnages sont incapables du moindre mal). D’où un suspens grandissant de saison en saison où rien n’est laissé au hasard, où les bons et les mauvais ne font souvent qu’un, et où tous les personnages s’avèrent faire partie d’un gigantesque puzzle à résoudre.

D’un postulat de base reprenant un jeu du chat et de la souris, "Le Caméléon" démontre surtout qu’avec peu de moyens, mais avec beaucoup d’ingéniosité, une série aura réussi le tour de force de s’imposer, en termes critiques comme en termes d’audiences, tout en sortant des sentiers battus. Faisant preuve d’une bonne maitrise scénaristique (chaque épisode apporte des indices aux intrigues principales) et d’une parfaite définition de ses personnages, "Le Caméléon" rivalise sans mal avec le ténor d’époque qu’était "X-Files", tout en restant dans une thématique plus terre-à-terre. D’épisode en épisode, tout est fait pour maintenir le suspens, avec une utilisation soignée des détails et des flash-backs, jusqu’à l’inévitable cliffhanger (en général un double ou triple épisode) de fin de saison se concluant en général une révélation cruciale (les épisodes "Mensonges" et "Patrimoine génétique" en sont des parfaits exemples).

Pour autant, la quête d’identité de Jarod ne sera jamais oubliée, mais elle deviendra presque secondaire au regard d’autres énigmes qui apparaitront au fur et à mesure des saisons (l’histoire de la mère de Miss Parker, les autres caméléons, le vrai rôle de Sydney…). Jarod évoluera sans cesse, faisant vite oublier le côté un peu lisse et gentillet du personnage tel qu’il est dépeint dans la première saison. Miss Parker, probablement le personnage le plus marquant de la série, supplantera même le héros dans le cœur des afficionados de la série (selon un sondage maison réalisé par M6 en 1998) tant les différentes facettes du personnage changent des habituels anti-héros de ce genre de séries. Un comble pour une série qui faisait la part belle aux sacro-saintes valeurs américaines et qui se mue en cours de route en véritable chroniques de guerre mentale, voire même parfois en tragédie grecque ! Enfin, le ton de la série s’affinera lui aussi, laissant place à une approche plus dramatique et plus réaliste à chaque scénario, même si certains épisodes (probablement demandés par la chaine) cassent le rythme en imposant un ton totalement décalé voire comique (les épisodes 3x12 et 4x11 dont on peut faire l’impasse).

Le Centre, véritable personnage à part entière dans la série, conservera malheureusement beaucoup de ses mystères, car au bout de 4 saisons, NBC arrêtera brusquement la production de la série (alors que les audiences restaient plus que correctes et que la série n’avait rien d’un gouffre financier). Les droits rachetés par la chaine TNT, en 1999, offriront aux fans 2 téléfilms : "Caméléon contre Caméléon" ("The Pretender" 2001) puis "Le Caméléon : L’antre du diable" ("The Pretender : Island of the Haunted"). Si le premier tente de faire le raccord avec la fin de l’ultime saison, les révélations restent bien maigres au regard de la mythologie que Steven Long Mitchell et Craig Van Sickle auront réussi à créer jusque-là. Le second tentera une approche plus mystique de la série, mais encore une fois, le cœur ne semble plus y être et ni l’intrigue, ni les éléments « surnaturels » ne convainquent.

La série "Le Caméléon" reste extrêmement populaire en France plus deux décennies plus tard, au point que AB la rediffuse actuellement, signe que "Le Caméléon" aura bel et bien marqué le public français à sa façon. L’intégrale de la série, éditée par Free Dolphin, est, quant à elle, toujours disponible dans nos contrées.

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LES PERSONNAGES

Jarod (Michael T. Weiss) :

Le caméléon, sur laquelle la série s’attarde (car il en existe d’autres !), on ne connait ni son nom, ni ses origines. Trentenaire, mais affichant une innocence adolescente et une certaine crédulité, il n’en est pas moins un redoutable adversaire face à ceux qui ont trompé la justice. Supra-intelligent, entrainé par le Centre qui l’a kidnappé étant enfant, il connait parfaitement ceux qui le pourchassent car il a pu s’emparer de leurs dossiers confidentiels avant de s’échapper. Ce qui le rend précieux pour ceux qui désirent connaitre ce que le Centre leur a caché, et dangereux pour ceux qui veulent garder sous-clé les pires secrets du Centre.

Michael T. Weiss a commencé sa carrière dans le soap "Des jours et des vies" avec un rôle récurrent de médecin. Il a ensuite joué dans les séries "La malédiction de Collinwood" (1991) et "2000 Malibu Road" (1992) avant de connaitre le succès avec "Le Caméléon". Par la suite, l’acteur fera quelques apparitions dans d’autres séries telles "Preuve à l’appui", "Profiler" (2 cross-over avec "Le Caméléon"), "Burn Notice" et "Blue Bloods". Il assurera également de nombreux doublages pour les séries animées "Justice League", "Young Justice" et "La Légende de Tarzan".

Miss Parker (Andrea Parker) :

La femme fatale en charge de la capture de Jarod. Agent entrainée dès son adolescence par le Centre, elle fait preuve d’une poigne incomparable. Sarcastique, manipulatrice, dévoué à son travail, elle n’en est pas moins sceptique quant aux actions du Centre, ses employeurs, qui pourraient avoir été responsable de la mort de sa mère Catherine lorsqu’elle était enfant. Elle veut capturer Jarod vivant, car il connait des éléments sur l’assassinat de sa mère qu’elle-même ignore.

Ancienne danseuse de ballet, Andrea Parker obtient ses premiers rôles en tant qu’actrice dans les séries "Mariés, 2 enfants" et "Urgences" (où elle campe l’une des premières conquêtes du Docteur Ross). S’en suit le rôle de Miss Parker qui marquera sa carrière, puis d’autres rôles récurrents dans les séries "Jag", "Less Than Perfect" (2002-2006, une sitcom inédite en France), puis dans l’ultime saison de "Desperate Housewives". Plus tard, elle participera au casting de la série "Pretty Little Liars" (2011/2017) où elle campera la mère de la défunte Alison DiLaurentis.

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Patrick Bauchau

Sydney (Patrick Bauchau) :

Le père spirituel de Jarod, un ancien psychiatre, et celui qui l’a élevé comme un fils dès son arrivée au Centre. C’est grâce à lui qu’il a pu développer son potentiel de Caméléon via des simulations (dont Jarod a récupéré les enregistrements). Probablement l’un des personnages les plus difficiles à juger dans la série, car souvent à mi-chemin entre le rôle de protecteur et celui du psychologue qui veut récupérer son rat de laboratoire favori. Il fait équipe avec Miss Parker et Broots dans la recherche de Jarod, probablement pour s’assurer que ce dernier sera capturé vivant. Il est un peu la conscience du groupe, mais reste néanmoins discret quant à ses projets pour Jarod.

Patrick Bauchau est le seul européen (il est belge) du casting régulier. Sa carrière, sacrément internationale, compte une bonne centaine de rôles au cinéma ("Dangereusement Votre", en 1985), "Panic Room" de David Fincher, en 2002, "2012", en 2009, et "Les Traducteurs", en 2019) comme dans les séries ("Columbo", "Arabesque", "24 Heures Chrono", "The Affair" et il est même apparu dans "Commissaire Moulin" !). Ses rôles les plus marquants en tant que régulier furent celui de du vampire Archon Raine dans la série "Kindred, le clan des maudits" (1996) et celui de l’énigmatique Lodz dans la série "Carnivale" (2003/2005).

Broots (Jon Gries) :

Monsieur geek, celui qui épaule techniquement Miss Parker et Sydney. Peu à l’aise sur le terrain (encore moins avec une arme à la main), craintif, ce gentil exécutant n’en est pas moins fasciné par les secrets du Centre et n’hésite pas à enfreindre les règles pour déceler le moindre indice.

Jon Gries a débuté au cinéma dans le film "Will Penny, le solitaire" aux côtés de Charlton Heston et de Lee Majors. Il a également marqué de son empreinte la trilogie des "Taken" avec Liam Neeson. est un habitué des séries grand-public et est notamment apparu dans les séries "Martin" (1994), "Beverly Hills 90210", dans les dernières saisons de "Lost" (2007/2010) où il incarnait le Dr Linus, "Supernatural" (2012), "Esprits Criminels" (2014) et "Dream Corp LLC" (2016/2020).

Monsieur Parker :

Le directeur du Centre, et père de Miss Parker. D’apparence inoffensive, très poli et très proche de sa fille, Monsieur Parker semble être le « monsieur mensonge » du Centre, celui qui sait tout mais ne dit rien, officiellement pour « protéger sa fille ». Le doute persistera sur son véritable visage jusqu’aux derniers épisodes de la série.

Monsieur Raines :

Le croquemitaine du Centre. Petit, chauve, la voix déformée suite à un incendie au Centre, il se promène dans les couloirs du Centre sa bombonne d’oxygène à la main. Identifié dès les premiers épisodes comme le méchant de la série, il semblerait qu’il y ait plus méchant que lui et bien moins humain encore. L’épisode 3 de la saison III est parmi ceux qui révèlent l’un des côtés les plus cachés du personnage.

Enfin, comme de nombreuses séries, "Le Caméléon" aura bénéficié du concours de quelques stars, désormais connues mais beaucoup moins à l’époque, au générique de quelques des épisodes. Citons pêle-mêle : Jake Lloyd (Anakin Skywalker dans "Star Wars Episode I : La Menace Fantôme"), Haley Joel Osment ("Sixième Sens"), Bryan Cranston (les séries "Breaking Bad" et "Malcolm"), Jennifer Garner (La série "Alias"), Jeffrey Donovan (La série "Burn Notice"), etc.

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Michael T. Weiss et Andrea Parker

FICHE TECHNIQUE

Créateurs et producteurs exécutifs : Craig W. Van Sickle, Steven Long Mitchell
Co-Producteurs Exécutifs : Tommy Thompson, Kdereick King Keller, Paul Cajero, Jim Behnke
Producteur : Tim Iacofano
Supervision de la Production : Kimberly Costello, Juan Carlos Coto
Script exécutif : Larry Meyers
Script : Javier Grillo-Marxuach
Directeurs de la Photographie : Rodney Charters, Thomas Jewett
Musique : John Debney R, Rick Patterson, Velton Ray Bunch
Directeur de collection : Lawrence Meyers
Montage : Lynne Willingham, Scott Boyd, et Peter Basinski
Chef Unité de Production : Paul Cajero
Manager de Production : Anthony Cowley
Régisseur : Mike Jarvis
Costumes : Michelle Rede, Barbara Scott
Maquillage : Debbie Zoller
Coiffures : Timothy Lasquade
Chef accessoiriste : Barry Franenberg
Décors : Tony Cowley
Décorateur : Bryan Thetford
Chef éclairagiste : Mark Trembath
Chef machiniste : Patrick Maxwell
Prise de son : Robert Wald
Montage musique : Barry Moran
Responsable transports : Buster Kohlhoff
Assistant distribution : Glenn Thomas & Ford
Post-synchronisation et mixage : Todd AO
Unité post-production : Anderson Video
Caméras et objectifs : Panavision
Lieu de tournage : City Hall - 200 N. Spring St., Downtown, à Los Angeles (California, USA) / Ville de Los Angeles (California, USA) / Ville de Toronto (Ontario, Canada)
Production : MTM Entertainement (saison 1), 20th Century Fox Television et NBC (saisons 2 à 4), TNT production (2 téléfilms)

 

LE DOUBLAGE

- JAROD : doublé par Nicolas Marié (Rupert Giles dans "Buffy contre les vampires", Mike Savage dans "Agence Acapulco", Trivette dans "Walker Texas Ranger", John Hannah dans "McCallum", Steve MacClintock dans "Sydney Police", Mike Barret dans "Surfers detectives", ).
- SYDNEY : doublé par Bernard Alane (Niles dans "Une Nounou d'Enfer", Docteur Nielsen dans "WandaVision").
- BROOTS : doublé par George Caudron (Fox Mulder dans "X-Files", Michael Garibaldi dans "Babylon 5").
- LYLE : doublé par François Leccia (John Travolta dans "Grease" et "La Fièvre du Samedi Soir", Richard Gere dans "Les chaînes du sang" et Joe Regalbuto dans "Tonnerre Mécanique", Steven Carrington dans "Dynastie", Harry Hamlin dans "La loi de Los Angeles", Kurt Russell dans "Sur la piste des Cheyennes", Elkanah Bent dans "Le Nord et le Sud").
- J2/JAROD adolescent : doublé par Odile SCHMITT (Katharina dans "Hartley", Reene Radick dans "Ally McBeal").
- BRIGITTE : doublée par Deborah PERRET (Jo Reynolds dans "Melrose Place", Tracey Stone dans "University Hospital").
- MISS PARKER : doublée par Françoise Rigal.
- RAINES : doublé par Gérard Dessalles.
- ANGELO : doublé par Xavier Fagnon.

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