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Barry : Tueur à gages, c’est pas un métier

Par Guillaume Méral

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Confinement oblige, c’est le moment avec "Barry" de rattraper les pépites qui s’accumulent à longueur de mois sur les « wish-lists » avant le reboot traditionnel du premier de l’an. L’industrie du cinéma étant momentanément suspendue, plus moyen de se laisser distraire par le dernier produit manufacturé à la mode, qu’il s’agisse d’un énième blockbuster Marvel ou de la dernière comédie avec Christian Clavier. Surtout quand le mois d’essai offert par OCS vous met le catalogue de HBO à portée de rétines. Catalogue dans lequel se trouve notamment la série "Barry", créée et interprétée par le génial Bill Hader, visage familier de la comédie U.S qui s’est enfin taillé un véhicule à la mesure de son talent.

Entre "Game of Thrones" et "Watchmen", on ne peut pas dire que "Barry" face figure de tête de gondole pour la vénérable maison. Un second couteau, à l’image de son interprète et créateur, qui ne se cache pas pour autant ses ambitions derrière sa relative confidentialité. De fait à l’instar de son instigateur, Barry sort du bois. Tueur à gages faute de mieux, ses compétences reconnues et disputées dans son domaine sont pourtant loin de satisfaire cet homme introverti et attentiste. En proie à un vide existentiel qui ne prononce pas son nom, Barry se contente de suivre la direction du vent que son oncle mi-bienveillant mi-profiteur fait souffler dans son dos. Mais sa découverte impromptue du théâtre au cours d’un contrat le confronte à une épiphanie qui pourrait bien tout bouleverser…

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Trop modeste pour être le roi dans la jungle dense des séries, Barry n’en occupe pas moins une place de choix dans la faune qui la compose. Comédie hilarante qui ne se satisfait jamais de son iconoclasme, étude de caractères qui déjoue en permanente les attentes chevillées à son récit, interprétation au diapason de son lead-role : incontestablement, la série fait honneur aux standards exigeants de sa maison-mère.

Néanmoins, la singularité précieuse de "Barry" ne réside pas dans sa propension à répondre aux critères de qualité que l’on est en droit d’attendre d’une série HBO, mais dans la personnalité de son personnage éponyme. Figure passive dans un emploi résolument proactif, Barry n’est pas un homme d’action mais un suiveur dépourvu de toute velléités. Tout le talent de Bill Hader réside dans sa capacité à traduire l’essence de sa problématique dans ses interactions avec ses partenaires de jeu. Barry n’agit pas, il réagit en permanence aux sollicitations des autres. Il faudrait un tapis rouge de louanges à son Stradivarius d’interprète pour rendre justice à sa capacité à véhiculer des nuances de doutes d’une richesse pléthorique à travers sa façade monolithique (message à tous les Ryan Gosling et Keanu Reeves du monde : prenez-en de la graine).

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"Barry", c’est l’histoire d’un homme dont la profession exige de cacher des émotions dont il n’a pas connaissance, et qu’il va découvrir à travers ses cours de théâtre. C’est un show sur l’émancipation d’un personnage qui va découvrir l’échec et apprendre à accepter l’échec incompatible avec son gagne-pain.

"Barry" nous parle d’un mercenaire endurci qui se met en position de vulnérabilité permanente, accepte d’encaisser les coups sans répondre et d’exposer ses failles au regard des autres. "Barry" raconte l’homme, la dualité qui lui est inhérente et la douloureuse nécessitée de revendiquer ses aspirations. Barry se confie sur son instigateur, qui prend son destin en mains après avoir honoré son contrat chez les autres. Lui aussi tâtonne devant nos yeux, et fait résonner son processus de création dans sa mise à nu permanente.

Bref, "Barry" c’est tout ça. Et c’est génial !

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