18 septembre 2021
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En thérapie : Huis-clos psychanalytique

Par Martin Thiebot

Nos jours heureux”, “Intouchables”, “Le sens de la fête”... On ne compte plus les films d’Éric Toledano et Olivier Nakache qui sont des succès au box-office. Mais en 2021, c’est sur le petit écran que l’on retrouve le duo de cinéastes, avec “En thérapie”, remake de la série israélienne “BeTipul”. Pour l’occasion, il s’est entouré de trois talentueux réalisateurs : Mathieu Vadepied, Pierre Salvadori et Nicolas Pariser.

C'est quoi cette série ?

Paris, automne 2015. Philippe Dayan reçoit chaque semaine dans son cabinet à deux pas de la place de la République, une chirurgienne en plein désarroi amoureux, un couple en crise, une ado aux tendances suicidaires et un agent de la BRI traumatisé par son intervention au Bataclan. A l’écoute de ces vies bouleversées, le séisme émotionnel qui se déclenche en lui est sans précédent. Pour tenter d’y échapper, il renoue avec son ancienne analyste, Esther, avec qui il avait coupé les ponts depuis près de 12 ans.

1 saison (en cours) - 35 épisodes - Avec Frédéric Pierrot, Carole Bouquet, Mélanie Thierry

L’action se déroule au lendemain des attentats de novembre 2015. Dans le cabinet du psychanalyste Philippe Dayan (Frédéric Pierrot), se succèdent du lundi au jeudi une chirurgienne à la vie sentimentale chaotique (Mélanie Thierry), un policier angoissé après son intervention au Bataclan (Reda Kateb), une adolescente rescapée d’un accident de la route (Céleste Brunnquell) et un couple en crise (Clémence Poésy et Pio Marmaï). 35 épisodes d’une vingtaine de minutes - une séance par épisode, ou presque - à retrouver sur Arte.tv.

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Frédéric Pierrot - Copyright Les Films du Poisson

En champs-contrechamps et sur le temps long, ces hommes et ces femmes se confient, parlent de leurs vies, de leur passé, de leur présent. Sous le regard bienveillant de Philippe Dayan, ils évoluent, libèrent leur parole, acceptent les règles du jeu, se mettent à raconter ce qu’ils n’osaient avouer, avancent dans la compréhension et la résolution de leurs problèmes. Très vite, on comprend que les attentats ne sont qu'un prétexte, sans doute pour appâter le public. Deux des protagonistes les ont vécus de près, mais leurs témoignages sont vite expédiés, et paraissent d’ailleurs assez artificiels. L’exploration de l’apparemment anecdotique est bien plus intéressante, plus vraie aussi, que celle de l’ostensiblement tragique.

Le spectateur se retrouve dans la même position que le psychanalyste, essayant d’imaginer les situations qui ne lui sont présentées qu’à l’oral et d’interpréter les non-dits. Frédéric Pierrot, formidable et plein d’empathie, sert d’intermédiaire entre nous et les êtres humains sur le divan, leur posant les questions qu’on a envie de leur poser et nous proposant des grilles d’analyse de leurs comportements. Mais sa fonction ne s’arrête pas là, puisqu'il est dès le premier épisode directement impliqué dans le récit de sa patiente. Celle-ci, comme les autres, va jouer un rôle dans la révélation des propres contradictions du professionnel, aussi bien intellectuelles que liées à sa vie familiale. Ce qui l’amènera à renouer avec son ancienne analyste, Esther (Carole Bouquet), avec laquelle il entame une thérapie informelle.

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Carole Bouquet - Copyright Les Films du Poisson

Dans “En thérapie”, ce sont donc surtout les patients qui brillent ; ceux de Dayan, mais aussi le patient que devient ce dernier avec Esther. La tâche n’était pourtant pas aisée : leurs dialogues étant des quasi-monologues, il fallait réussir à se les approprier afin que l’impression ne soit pas celle d’un texte récité. Ce à quoi ils parviennent admirablement bien. On note ainsi un véritable travail sur les intonations, les silences, les regards, les gestes, les positions. Chaque comédien arrive à faire exister son personnage, à lui donner une réelle individualité, mais aussi à l’ancrer dans son environnement social. Mention spéciale à Mélanie Thierry, éclatante de sincérité.

Théâtre de l’intime, “En thérapie” dresserait - c’est le principal axe de sa promotion - un portrait de la France contemporaine, de la même manière que “BeTipul” racontait Israël. C’est un peu présomptueux et en grande partie faux, puisque tous les personnages vivent à Paris et ont les moyens de payer la cure. Mais force est de constater que “En thérapie” aborde nombre de problématiques qui traversent notre société, de la place des femmes à la mémoire franco-algérienne en passant par les violences sexuelles sur mineurs.

Bien sûr, la série n’est pas exempte de défauts. En raison de son rythme redondant, l’ennui domine parfois, spécialement lors des séances entre Philippe et Esther, qui n’apportent finalement pas grand chose, si ce n’est des explicitations superflues. Les derniers épisodes pendant lesquels Dayan s’aventure à l’extérieur du cabinet - au sens propre comme au figuré - sont par ailleurs plus que bienvenus, rompant avec l'étouffement des 29 premières séances. Toutefois, “En thérapie” reste malgré tout une belle performance et une vraie réussite. En Israël, “BeTipul” avait eu droit à une deuxième saison. On espère qu’il en sera de même pour sa version française. Surtout que s’il y a bien une période qui mériterait d’être traitée en fiction sous le prisme de la psychanalyse, c’est celle que nous vivons depuis mars 2020.

L'intégralité de la série est disponible sur Arte séries : https://www.arte.tv/fr/videos/RC-020578/en-therapie/

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