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Exterminez toutes ces brutes : Les débats sont ouverts

Par Pierre Deplancke


"Exterminez toutes ces brutes", ce documentaire de Raoul Peck, est une mini-série en quatre épisodes de 52 minutes diffusée sur Arte et disponible sur Canal plus à la demande après une première sortie sur HBO il y a quelques mois. On y relate les origines du suprémacisme blanc : colonisation, théories des races, civilisation, religion, etc. Ce réalisateur, ancien ministre de la culture en Haïti, et déjà réalisateur de l'excellent "I Am Not Your Negro" (entre autres créations), n'en est donc pas à son coup d'essai.

Tirée d'une œuvre littéraire du même nom de Sven Lindqvist, "Exterminez toutes ces brutes", le titre, provient de la nouvelle "Heart of Darkness" de Joseph Conrad. À la fin de cette nouvelle, cette phrase est écrite de la main de Kurtz dans un récit méthodologique sur la manière de dominer des "sauvages" par les "Blancs" qui se conclut par "Exterminate all the brutes" (en anglais dans le texte s'il vous plaît...).

Raoul Peck mélange les styles de la narration dans un montage particulier. C'est sous forme de chronique avec des passages de reconstitutions scénarisées avec des acteurs professionnels (au détour d'un épisode on y croisera Zinedine Soualem par exemple), de films de famille, d'images d'archives, d'infographie, etc. Il n'hésite d'ailleurs pas à briser le quatrième mur et à s'inclure personnellement dans son récit. Il s'en amuse même parfois ! On connaît la censure américaine des poitrines dénudées. Du coup, il joue avec les rectangles noirs qui virevoltent parfois pour souligner le ridicule de la chose...

Est-ce que cette qualité demandée suffit à en faire une fresque monumentale ? Un ouvrage de référence ?

"Ceci est un récit et non une contribution à la recherche historique."

Raoul Peck propose une quantité astronomique de références dans "Exterminez toutes ces brutes". Énormément d'éléments culturels, en particulier tout ce qui tourne autour de Heart of Darkness de Joseph Conrad. On y aborde donc des films ("Apocalypse Now", bien évidemment, "Un jour à New-York" avec Gene Kelly, "La Controverse de Valladolid" avec Jean-Pierre Marielle), la littérature ("l'île du Dr Moreau"), peintures, affiches de propagande, publicités et même des romans pulp !

On aurait tout simplement pu résumer ce documentaire en VAE VICTIS (malheur aux vaincus). C'est une débauche de violence à la fois guerrière, psychologique et aussi scientifique lorsque des théories et des experts viennent corroborer les thèses les plus infâmes et les plus inhumaines. Même si le propos est là, hélas, le documentaire a des défauts assez marqués. Tout d'abord, il est très déroutant de passer du film "Alamo", de John Wayne, à la Shoah sans aucune transition pour revenir à Christophe Colomb. Brutal et parfois si rapide dans l'enchaînement qui manque de transitions que l'on s'y perd.

Ce n'est pas un récit linéaire ou chronologique mais thématique. On a parfois tendance à croire que le réalisateur mélange tout dans le même sac. C'est dommage d'avoir un récit dont le résultat semble être tout droit sorti d'un mixer. C'est parfaitement voulu, mais par conséquent, le public visé doit être déjà informé, déjà sensibilisé. C'est prêcher à des convaincus. Si Raoul Peck cherche à convaincre les sceptiques, hélas il y parviendra difficilement car ils ne seront pas réceptifs à la forme du documentaire.

"Je ne cherche pas à me plaindre. Je veux juste comprendre."

Nous l'avons bien compris. Une réflexion philosophique accompagne la narration. Malheureusement, c'est exigeant, élitiste et un tantinet répétitif. Car le souci, c'est que pour bien suivre le récit, il faut presque enchaîner les quatre épisodes en une seule fois. Sans aller non plus jusqu'à l'écœurement, c'est beaucoup d'informations, de réflexions. Voila qui rend l'œuvre entière un peu longue et difficile à aborder pour le commun des spectateurs malgré quelques fulgurances salutaires.

Verdict ? Cela reste une œuvre à voir pour questionner ne serait-ce que l'origine de la théorie des races, cette notion de suprémacisme blanc, la justification de la colonisation, de l'esclavage et des génocides. Les débats sont ouverts. "Non ce n'est pas le savoir qui nous manque." conclut Raoul Peck. Le danger réside-t-il donc en ceux qui ne veulent pas savoir ?

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