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L’adieu à la nuit : d’une vie à une autre

Par Léa Delaplace


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Alex et Lila veulent réaliser leur projet de vie le plus cher, la tête pleine d’idéaux que ne partage pas la grand-mère du jeune homme, Muriel. Arriveront-ils à leur fin ? Qui imposera finalement ses idéaux ? "L’Adieu à la nuit" signe cette lutte idéologique dans le contexte des évènements qui ont traversé la France depuis 2015 et questionne les liens du sang.

Printemps 2015. Les oiseaux chantent, les chevaux profitent agréablement du soleil occitan, les élèves se succèdent au club d’équitation de Muriel. Au premier jour de la saison, son petit-fils Alex rentre quelques jours auprès d’elle. Il s’envole officiellement pour le Canada sous peu. « J’ai rien à dire. – Non, non », résume leur relation distante mais, qui au plus profond d’eux-mêmes, est remplie d’affection et de tendresse. Muriel en sait si peu sur la vie de celui qu’elle a pourtant éduqué : Alex, qui a perdu sa mère et rayé son père de sa vie. Les cinq premiers jours de printemps lui feront découvrir les faces cachées d’Alex, insoupçonnées et insoupçonnables. « C’est gentil mais ma place elle est pas ici », rétorque-t-il avec un brin de culpabilité.

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Catherine Deneuve et Kacey Mottet Klein - Copyright Ad Vitam
Sa vie, après un échec au concours de médecine, il la conçoit avec Lila. Ailleurs. Voilà 8 mois qu’il partage les idéaux de sa copine qu’il connaît depuis l’enfance. Elle, est orpheline, sortie du foyer. Sur son scooter, elle sillonne les routes entre la maison de retraite où elle travaille et la maison du retraité qui la loge. Lila obtient enfin un CDD. Un cadeau, alors qu’elle refuse de faire la toilette des hommes. Malheureusement, Lila n’a aucune intention d’honorer ses différents contrats… 

"L’Adieu à la nuit" instaure l’angoisse du départ, les doutes, le désespoir. Les scènes sont dès lors coupées net, elles s’enchainent. Avant même que le spectateur n’ait le temps de ressentir de l’affection pour les protagonistes, avant même de laisser une tendresse se dessiner. Des dialogues simples et rapides, des phrases courtes et cinglantes. Les métaphores sont nombreuses et percutantes, les contrastes sans détour. André Téchiné s’arme avec brio d’acteurs qu’il côtoie déjà : Catherine Deneuve (Muriel), Kacey Motteit Klein (Alex) et Oulaya Amamra (Lila). Tous trois se défendent de tout pathos. Ils nous offrent de la vraisemblance. Autour d’eux, d’autres personnages, chacun à l’image d’une idée, d’une philosophie.

Avec un film sans paillette, André Téchiné réussit le pari d’interroger le spectateur sur des évènements auxquels il peut, lui aussi, être confronté. Les enjeux du quotidien en somme, ou presque : lutte idéologique, relation familiale, réussite sociale. Et quelques préoccupations humaines : « Est-ce que t’es heureuse ? », « tu feras quoi si je meurs ? »,

Alex dira Adieu à la nuit dans une lettre qui fera capoter tous les préparatifs de son départ. Un départ pour une nouvelle vie, vie qu’un autre regrette d’avoir désirée, bien que « là-bas, j’suis devenu un beau gosse… Ambiance colonie de vacances ». Le constat qu’il fait est pourtant tout autre : « Votre petit fils n’en reviendra jamais ».

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