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Les Bons Vivants de Georges Lautner et Gilles Grangier

Par Mickaël Vrignaud


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Pour Pâques, Canal Plus nous offre une incroyable collection De Funès de plus de cinquante titres. Parmi eux, un incroyable film à sketchs – inconnu du grand public - signé Georges Lautner et Gilles Grangier, avec Audiard aux dialogues et un casting cinq étoiles : "Les Bons Vivants". Ça commence par la fin d’un monde, d’une époque comme le dit piteusement Monsieur Charles campé par Bernard Blier. L’époque des clandés, des claques, en bref des maisons closes. Nous sommes en 1946.

Point de départ d’un film décomposé en trois sketches, racontant à trois époques différentes la nouvelle vie de prostituées libérées de leurs obligations par la loi Marthe Richard, « contraintes » du jour au lendemain d’aller tenter leurs chances ailleurs, de voyager, d’envisager l’ambition autrement qu’en étant les « mômes » de leurs patrons. De devenir des femmes d’aujourd’hui.


Propos inaudible aujourd’hui, ces dernières font preuve d’une fidélité sans borne envers leurs patrons qui garderont pour elles une affection teintée de paternalisme, d’un respect improbable dû à leurs gagneuses (le premier segment, formidable, montre Blier tenter de rassurer et de conseiller au mieux ses gagneuses, émues aux larmes, soudain livrées à elles-mêmes). Ces femmes, courageuses et follement indépendantes, ne seront à aucun moment les potiches habituelles des films de Lautner. Elles deviennent des femmes du monde, autonomes et fortes en gueule.

Axé sur les échanges brodés-main de Michel Audiard, "Les Bons Vivants" est bien loin des standards de réalisation de l’époque. Ici pas de montage aléatoire mal foutu, de prise de son hasardeuse, les mots du maître sont incorporés avec délicatesse dans le flux ininterrompu d’un film soigné, au charme fou, résolument moderne et mélancolique, joué par des acteurs cinq étoiles (Blier, De Funès, Lefebvre, Cowl, Carmet mais aussi Mireille Darc, Bernadette Lafont et l’impayable Dominique Davray).

Un mot sur De Funès, fantastique, on ne l’a plus jamais revu comme ça, on ne l’a plus jamais filmé comme ça, pendant ses vingt ans de carrière qui suivirent. Parenthèse enchantée trop méconnue de la filmographie de Georges Lautner et de Gilles Grangier, "Les Bons Vivants" raconte l’histoire de la fin d’un monde, ou plutôt du début d’un autre qui ne s’arrêtera plus d’avancer.

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