22 septembre 2020
VOD

Pour une femme : Une libération rouge

Par Estelle Aubin

Grâce du titre. En trois mots, tout est dit. « Femme, femme, simplement j’te dis que j’t’aime, j’t’aime ». Jean-Luc Lahaye, et d’autres malheureux, résonnent en tête, fixement. "Pour une femme" de Diane Kurys démarre sous les meilleurs auspices. Puis, s’avance, à l’écran, Mélanie Thierry, visage carré, fin, robuste. Le charme opère déjà. Les images se succèdent, les styles aussi, et demeure cet envoûtement. Il y a de ces plaisirs de cinéma inattendus, qui arrivent un soir de confinement, depuis le fond de son canapé, après avoir surfé sur le service VOD de SFR TV.

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"Pour une femme", c’est l’histoire d’un couple juif, Michel et Léna, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, en temps de paix, en temps d’été. C’est l’histoire d’un couple, racontée par leur fille, Anne, à la recherche de son passé et des lettres laissées en jachère dans l’armoire de maman. "Pour une femme" alterne flashes back et retours au présent des années 1980. À la Libération, Michel et Léna coulent des jours heureux à Lyon, entre leur boutique de tailleur et la cellule locale du Parti communiste. Mais un midi, s’ajoute à la table Jean, le petit frère de Michel, tout droit arrivé de Russie, avec ses mystères et son charisme.

La vie suit son cours, les robes des années 1940 virevoltent, les caractères se forgent. Nous sommes en été, en 1947. Le soleil tape et le désir monte. Lena et Jean s’attirent, se résistent. Et nait le triangle amoureux cher au cinéma. Fait, refait, peut-être, l’histoire est simple, mais les personnages complexes. Serait-ce la recette ? Les sentiments tourbillonnent et emportent avec eux, le spectateur, plongé dans une autre époque, colorée et charnelle.

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Benoît Magimel

Une histoire d’idéal

Il y a d’un côté, une histoire de vengeance, de nazi, ou de communiste. Et de l’autre, une histoire d’amour à trois. Un peu de suspense et beaucoup de sentiments. Le film frôle l’Histoire pour mieux raconter les dilemmes moraux. Les personnages sont confrontés à leurs idéaux, puis à leurs belles et cruelles contradictions. Ils ne sont jamais complètement mauvais, jamais parfaits.

Le mari, incarné par Benoit Magimel, joue le dur, fait l’homme, a des opinions tranchées et des réflexes machistes que combat son idéal communiste. Méprisant parfois, mais épris d’amour pour sa femme. Il le sent bien, « sans elle, il ne serait rien ». Elle, en ménagère lassée, affronte la tentation de la trahison. Elle se sait mère et épouse reconnaissante.

Le frère, joué par Nicolas Duveauchelle, hésite entre sa mission et ses émotions. Toujours des choix, des désirs et cette ficheuse morale qui s’insinue partout où passent les personnages. L’étude de mœurs fait son effet.

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Mélanie Thierry

Une histoire de femmes émancipées

Diane Kurys célèbre donc l’humain, et les femmes, en quête d’émancipation. Avec elles, on se demande ce qui fait la liberté. Serait-ce l’amour, nos choix, peut-être nos convictions ? L’amie et confidente de Léna, jouée par Clotilde Hesme, est une militante communiste, cougar avant l'heure, exclue du parti pour cause d'adultère. Anna, la fille du couple, interprétée par Sylvie Testud, choisit d’ouvrir, trente plus tard, la valise des secrets de sa mère. Elle sent les non-dits, sait les questions sans réponse, puis elle regarde en arrière, apaisée, délestée.

Et il y a l’éclat de Mélanie Thierry, qui s’empare pleinement de son rôle, de cette femme qui ne cherche qu’à aimer. On pense à "La Douleur", l’adaptation cinématographique d’Emmanuel Finkiel du roman de Marguerite Duras. Mélanie Thierry et Benoit Magimel étaient déjà réunis, au tournant des années 1940, entre communisme, Shoah et envie de liberté. On pense aussi à Titanic, à cette femme, Rose devenue Léna, qui choisit, rêve un peu et s’émancipe. En tête, résonne maintenant la voix de Céline Dion.

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