19 septembre 2020
VOD

Redécouvrez Gus Van Sant et son Elephant

Sorti en 2003, "Elephant" de Gus Van Sant fut, sans aucun doute, l'un des meilleurs films sortis cette année là. Un long métrage qui a largement contribué à la renommée de son réalisateur. Et alors qu'il est désormais disponible en VOD, on vous explique pourquoi il faut découvrir ou redécouvrir le travail de Gus Van Sant.

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Film travaillé, réfléchi, à l'esthétique d'une richesse incroyable sous sa sobriété apparente, "Elephant" propose une plongée au cœur d'une adolescence en crise. A partir de la fusillade de Colombine, Gus Van Sant réalise un film-concept, loin du film à thèse (ce qu’était "Bowling for Colombine"…), une vraie proposition de cinéma, avec un réalisateur qui prend le pari de ne pas apporter de réponses sociologiques à cette tuerie lycéenne. Gus van Sant, bien plus intelligent que Michael Moore, n’a pas de réponse à donner. Il n’est ni un professeur, ni un moraliste, et c’est en artiste qu’il va traiter cet événement tragique.

Une mise en scène au cœur de l'action

A la manière d’un Hou Hsiao-Hsien, Gus Van Sant s’impose des limites formelles pour faire de son film un véritable objet cinématographique.

Elephant propose une réalisation à la fois sobre et travaillée, qui participe pleinement de la cohérence du propos. Gus Van Sant filme les personnages presque systématiquement de dos, comme si on pouvait voir ce qui se passe dans leur monde intérieur. Mais c’est aussi une manière de filmer qui se rapproche d’un jeu vidéo, ce même jeu-vidéo auquel s’adonnent les adolescents-tueurs et dont le but est d’abattre tout ce qui bouge. Souvent, la ligne d'horizon devient vite floue, nous permettant de discerner les crimes plutôt que de les voir vraiment. Là encore, derrière le parti pris esthétique, il y a une volonté louable de témoigner de la violence d'un acte, non dans ses répercussions, mais dans ce qui le motive.

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Copyright MK2 Diffusion

Un coup de feu, dans "Elephant", n'est quasiment jamais appréhendé selon le point de vue de la cible qu'il atteint (de rares scènes montrant les victimes suffisent à rendre intenable la tuerie, nul besoin de se complaire dans la violence et de tomber ainsi dans l'esthétisation, Van Sant est assez fin pour le comprendre), mais plutôt du tireur hébété autant que déterminé qui le tire.

A l’aide d’une caméra qui semble glisser le long des couloirs, le cinéaste use de longs travellings avant afin de suivre la trajectoire des différents ados dans leurs activités quotidiennes à l’intérieur du lycée quelques heures avant le drame, créant ainsi une atmosphère onirique qui fait du lycée un endroit plus fantasmé que réaliste. La construction du récit participe à ce traitement « rêvé ».

Le cinéaste a aussi filmé le lycée d’une manière telle qu’on se croirait dans une prison : la caméra suit parfois les personnages dans d’immenses couloirs presque déserts où les bruits de pas résonnent, où la lumière d’une blancheur aveuglante est si oppressante qu’on a l’impression d’être dans le couloir de la mort…

Un récit qui ne proclame rien

Si "Elephant" glace à ce point le sang dans nos veines, c’est parce qu’il délivre des faits, rien que des faits. Gus Van Sant nous aura montré le préparatif des deux ados futurs meurtriers dans l’unique flash-back du film. Le visionnage d’un documentaire sur le nazisme, l’achat d’arme par correspondance, un jeu vidéo où l’on supprime des cibles humaines… Le cinéaste offre des pistes mais se gardent bien de porter tout jugement. D’où vient le mal ? Qui est responsable ? Quelles réponses apporter ? Il y en a aucune comme il y en a 100. Ce récit non explicatif, le non engagement du cinéaste laisseront dubitatif les spectateurs qui aiment qu’on les prennent par la main et qu’on leur disent ce qu’ils doivent penser. Tant pis pour eux.

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Copyright MK2 Diffusion

Gus Van Sant n’entend pas ici nous rassurer en nous donnant le pourquoi, pas plus qu’il évoquera les conséquences de cet acte d’une barbarie inhumaine. "Elephant" ne se positionne ni comme un réquisitoire ni comme un plaidoyer, c’est un état des lieux dressé de manière brute. Gus Van Sant nous aura montrés le préparatif des deux ados futurs meurtriers dans l’unique flash-back du film. Le visionnage d’un documentaire sur le nazisme, l’achat d’arme par correspondance, un jeu vidéo où l’on supprime des cibles humaines…  Le cinéaste offre des pistes mais se gardent bien de porter tout jugement. D’où vient le mal ? Qui est responsable ? Quelles réponses apporter ? Il y en a aucune comme il y en a 100. Ce récit non explicatif, le non engagement du cinéaste laisseront dubitatif les spectateurs qui aiment qu’on les prennent par la main et qu’on leur disent ce qu’ils doivent penser. Tant pis pour eux.

Les causes plutôt que les effets. Et pourtant, "Elephant ne proclame rien". C'est là toute la force d'un film qui prend ses spectateurs au sérieux et fait assez de cas de leur intellect pour considérer qu'ils sauront saisir les signes qui se présentent. C'est le pari réussi du cinéaste américain qui aura d'ailleurs reçu la Palme d'or du Festival de Cannes en 2003.


Auteurs : Christophe Roussel, Nathalie Debavelaere et Benjamin Thomas

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